Just watch me

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J’ai acheté le thriller de Peter Grimsdale après avoir lu son touchant article autobiographique « mon papa célibataire et moi »  (« transhumances » du 27 février 2010). « Just watch me » est un livre captivant.

« Just watch me », « tu n’as qu’à me regarder », c’est l’attitude de Dan Carter à l’égard des anciens d’Afghanistan qui pensent qu’il ne réussira jamais à tourner la page, qu’il sera toujours prisonnier de la sale guerre. Il a quitté l’armée tiraillé par le remords d’avoir tué Bashir, un jeune Afghan qui ne le menaçait pas.

Dan revient en Grande Bretagne, épouse Sara, une jeune femme rencontrée dans un bar et, faute de mieux, travaille dans une société de surveillance. Mais il est témoin de l’assassinat de Waheed, l’homme qu’il prenait en filature. La version des officiels britanniques est que celui-ci a commis un attentat suicide. Dan et Sara sont placés sous la protection des services secrets. Pendant quatre ans ils vivent sous une nouvelle identité avec les jumeaux nés de leur union.

Ils obtiennent du « Schéma » qui les protège et les contrôle l’autorisation de partir en famille pour des vacances aux Caraïbes. Arrivés à l’aéroport de Gatwick, il découvre que son passeport a été perdu. Sara part avec les enfants. Leur avion s’abîme en mer.

Que s’est-il passé ? Pourquoi Sara a-t-elle changé d’attitude à son égard au cours des derniers mois, comme s’il représentait pour elle et pour les enfants une menace terrible ?

L’affaire Waheed dérape : l’opinion publique arabe ne croit pas en l’attentat suicide. Dan, qui était sur le lieu du crime et a été photographié une arme à la main, serait un bouc émissaire parfait.

Une chasse à l’homme s’engage. Dan s’échappe, résolu à scruter le passé de Sara et à comprendre ce qui s’est passé. Les services secrets sont à ses trousses, bien décidés à récupérer un homme dangereux, car il peut parler, mais aussi précieux car il peut un jour être sacrifié à la raison d’état. Pour compliquer la situation, les services secrets britanniques ne sont pas seuls en cause ; les américains sont aussi sur la piste de Dan, comme ils étaient sur le lieu de l’assassinat de Waheed.

Meurtri, mordu par le froid, affamé, Dan fait preuve d’une incroyable résilience. Il veut la vérité sur son histoire. Il s’accroche au fol espoir qu’au moins les jumeaux n’étaient pas dans l’avion accidenté. Il sait que, lorsqu’on est dans les griffes du Schéma, on n’est jamais assez paranoïaque : l’opacité couvre les agissements de personnages pervers ; la raison d’état ne s’embarrasse pas de sentiment et justifie toutes les manipulations, tous les chantages et toutes les trahisons.

On va de rebondissement en rebondissement. Le cynisme aura-t-il le dernier mot ? Y aurait-il une place pour l’enfance, la compassion, la femme ? Regardez-moi : saurai-je m’arracher à la fatalité du passé et écrire sur une page blanche une vie normale ?

Illustration : couverture de « Just Watch Me » par Peter Grimsdale, http://www.orionbooks.co.uk/, 2009.