La ballade du café triste

« La Ballade du Café Triste » (the Ballad of the Sad Café) est la nouvelle la plus connue de la romancière américaine Carson McCullers (1917-1967).

Le recueil contient six autres nouvelles qui, toutes, ont à voir avec l’amour, l’irréversibilité du temps qui passe et la musique. Dans La Ballade du Café triste, la vie d’une célibataire endurcie, Amelia, est bouleversée par l’irruption d’un bossu qui se présente comme son cousin. Sous son impulsion, l’épicerie qu’elle tient dans un village isolé et sinistre se transforme peu à peu en un café convivial, le seul lieu où l’on puisse se parler, boire, jouer de la musique et faire la fête. Mais le café d’Amelia est menacé par le retour d’un ancien mari éphémère devenu criminel, bien décidé à se venger après des années de pénitencier.

Non loin du village, une équipe de forçats enchaînés répare une route. Un camion cellulaire les amène chaque matin du pénitencier. Le texte de McCullers est magnifique.

« Chaque jour, il y a de la musique. Une voix sombre commence une phrase, chantée à mi-voix, comme une question. Et après un moment une autre voix se joint, et bientôt toute l’équipe chante. Les voix sont sombres dans la lumière éblouissante (the voices are dark in the golden glare), la musique est intimement mélangée, à la fois triste et joyeuse. La musique s’écoule jusqu’à ce que le son ne vienne pas des douze hommes de l’équipe, mais de la terre elle-même, ou du vaste ciel. C’est la musique qui fait s’élargir le cœur et qui à force d’extase et de frayeur donne froid à l’auditeur (it is music that causes the heart to broaden and the listener to grow cold with ecstasy and fright). Puis la musique s’éteint doucement jusqu’à ce qu’à la fin ne reste plus qu’une voix solitaire, puis un grand râle, le soleil, le son des piques dans le silence. Et de quel genre d’équipe s’agit-il, capable de produire une telle musique ? Seulement douze hommes mortels, des garçons du comté, sept d’entre eux noirs, cinq blancs. Seulement douze hommes mortels qui sont ensemble.»

Carson McCullers

Carson McCullers a une tendresse particulière pour les enfants. Elle évoque ainsi l’enfance de Marvin Macy, devenu criminel : « Si les enfants pleuraient, ils étaient battus, et la première chose qu’ils apprenaient dans ce monde était de chercher le coin le plus sombre de la pièce et de tenter de se cacher aussi bien qu’ils le pouvaient. Ils étaient aussi minces que de petits fantômes aux cheveux blancs, et ils ne parlaient pas, même pas entre eux. » Elle parle aussi des personnes, très rares, qu’un instinct place au-dessus d’êtres humains plus ordinaires : elles ont « un instinct que l’on trouve seulement chez les petits enfants, un instinct pour établir un contact immédiat et vital entre soi et toutes choses dans le monde. »