La Belle Américaine

La chaîne de télévision C8 a récemment diffusé « La Belle Américaine », une comédie de Robert Dhéry (1961).

 J’avais douze ans lorsqu’a été diffusé en salles le film « la Belle Américaine ». C’était probablement l’une de mes premières sorties au cinéma. J’ai été ému de le revoir soixante ans plus tard.

Marcel Perrignon (Rober Dhéry lui-même) est ouvrier spécialisé dans une usine. Il vit avec sa femme Paulette (Colette Brosset) dans une impasse dont le haut lieu est le bistrot de Riri (Jacques Legras).

 Par un concours de circonstances, Marcel a l’opportunité d’acheter à un prix dérisoire – 450 nouveaux francs – une merveilleuse Oldsmobile décapotable, la Belle Américaine. Le gouffre entre son état de prolétaire désargenté et sa nouvelle apparence de multimillionnaire constitue l’argument du film. Il nourrit une profusion de scènes désopilantes, portées par des stars du comique des années soixante : Christian Maurin, Jean Lefebvre, Claude Piéplu, Michel Serrault, Louis de Funès entre autres. Leurs personnages : Pierrot, vendeur de guimauve, Chougnasse, chef comptable, Maître Fachepot, notaire, Chauveau, clochard, les frères Viralot, contremaître et gendarme.

Le film s’ouvre par une scène inspirée des Temps Modernes de Chaplin : trois ouvriers, dont Perrignon, s’échinent sur une machine qui ne fonctionne que lorsqu’on lui donne un coup de pied. Il se conclut, en couleurs alors que le reste de la pellicule est en noir et blanc, sur un champ de course.

 C’est que Perrignon a eu de la promotion. Auréolé de son statut de millionnaire, il a lié amitié avec le ministre du commerce (Bernard Lavalette). Il appartient désormais au grand monde et c’est en conseiller du ministre qu’il participe à l’inauguration d’une nouvelle machine dans l’usine où il trimait autrefois, prenant ainsi une belle revanche sur ses patrons d’autrefois.

 La Belle Américaine regorge de gags désopilants. Je n’en mentionnerai qu’un : un bourgeois en redingote s’indigne de ce que Perrignon ne dispose pas d’un chauffeur et doive se mettre lui-même au volant de sa voiture. Il dispose en effet lui-même d’un chauffeur, mais sa voiture est une 2cv.

 L’évocation de la France populaire des années soixante est délicieusement romantique et désuète. On finit par oublier les grèves ouvrières et la guerre d’Algérie. Qu’on était bien dans le bistrot de Riri !