La belle époque

« La belle époque », film de Nicolas Bedos, est une comédie déjantée sur l’amour à l’épreuve du temps qui passe.

La vie commune entre Victor (Daniel Auteuil) et Marianne (Fanny Ardant) devient insupportable. Leur relation s’est détériorée. Marianne flanque Victor à la porte avec perte et fracas.

Le fils de Victor travaille dans une entreprise qui offre à des personnes fortunées de s’immerger dans une époque de leur choix. On croise dans le studio des Romains en toge, des officiers SS et Hitler lui-même, Napoléon III. Il n’y a rien d’impossible dans ce plongeon dans le passé. Le patron de l’entreprise, Antoine (Guillaume Canet) est un maniaque de l’exactitude des décors et des costumes. Le moindre anachronisme vaut à son auteur une bordée d’insultes.

Victor est invité à se prêter au jeu. Il propose aux organisateurs de le replonger un jour de mai 1974, celui où, dans un café il fit la connaissance de Marianne. Il leur raconte ce qui s’est passé dans les moindres détails ; il va jusqu’à leur dessiner le café, son ameublement, son décor.

Antoine ne prend aucun risque. Pour jouer le rôle de Marianne, il choisit Margot (Dora Tellier), sa propre partenaire dans la vie, avec qui la relation alterne les (très) hauts et les (très) bas. Le problème, on l’aura deviné, est que Victor tombe bien vite amoureux de Margot.

Le temps devient glissant. Il y a celui d’aujourd’hui, avec les techniciens en embuscade derrière une vitre sans teint glissant leurs répliques aux comédiens dotés d’oreillettes. Il y a des fuites en avant, lorsque Victor observe que cette jeune femme aguichante a fini dans un cabinet ministériel. Il y a peut-être un avenir lorsque Victor, remis en confiance, entreprend de reconquérir Margot.

« La belle époque » est aussi un film sur la vérité, le jeu et le mensonge. Lorsque Victor croit retrouver Margot chez elle, il ne se doute pas que c’est de nouveau dans un studio qu’il pénètre, avec un faux mari et un faux enfant. Mais en jouant le jeu de sa première rencontre avec Marianne, c’est son vrai lui qui émerge, le jeune amoureux, le dessinateur talentueux.

Nicolas Bedos a réalisé le film, en a écrit le scénario, composé la musique. C’est une vraie réussite, qui mène le spectateur de surprise en étonnement. Tous les comédiens sont remarquables. On notera Pierre Arditi, qui est censé retrouver son père, mort plusieurs années auparavant, pour des soirées au café où il peut enfin lui confier ce qu’il n’a jamais su lui dire de son vivant.