La belle noiseuse

 En hommage à Michel Piccoli, Arte TV donne accès sur son site Internet au film « la belle noiseuse » de Jacques Rivette (1991).

Le peintre Edouard Frenhofer (Michel Piccoli) vit avec sa femme Liz (Jane Birkin) dans le château qui domine un village du sud de la France. Depuis dix ans, il a cessé de peindre. Le projet qu’il avait commencé avec Liz comme modèle, « la belle noiseuse » (emmerdeuse) n’avait pas abouti : l’engagement qu’il demandait au peintre et à son modèle était trop violent.

 La visite au château d’un jeune artiste et de sa compagne Marianne (Emmanuelle Béart) rebat les cartes. Peut-être sera-t-il possible de reprendre, avec elle comme modèle, le projet interrompu et de réaliser le chef d’œuvre de toute une vie. Marianne, qui se sent dans sa vie personnelle et sentimentale au bord du gouffre, accepte le défi.

 Emmanuelle Béart / Marianne pose nue devant le peintre et devant le spectateur, mais ce n’est pas impudique. L’impudique réside dans ce que veut voir l’artiste : ce qui est invisible à l’œil. Je veux tout, dit Frenhofer, la glace, le sang, le tourbillon des origines. Je veux vous émietter, regarder ce qui reste quand on a tout retiré. D’ailleurs, ce n’est pas moi qui veux, c’est le tableau. Je commence à vous voir, dit le peintre à son modèle, après des heures en face à face.

 Les séances de pose sont douloureuses, avec le corps disloqué, tordu, rigidifié. Tour à tour la modèle et le peintre sont tentés de tout laisser tomber, mais ils savent que leurs destins sont liés. L’un et l’autre ne sortiront pas indemnes de ce cyclone spirituel dont l’œil est le corps d’une femme nue. L’œuvre ne peut être vue ni comprise que par le peintre et son modèle. Frenhofer la soustraira aux regards.

 « La belle noiseuse » est un film excessivement lent, sa durée approche les quatre heures. Le spectateur est plongé au cœur de processus créatif, la plume qui gratte le cahier, les hésitations, les vides, l’urgence. Ces moments sont magnifiques. Ce qui se passe en dehors de l’atelier, le sentiment d’abandon vécu tant par l’épouse de Frenhofer que par le compagnon de Marianne, semble terne au regard de l’accouchement d’un chef d’œuvre par le corps et le visage de Michel Piccoli et la main du peintre Bernard Dufour.