La dernière leçon

« La dernière leçon », film de Pascale Pouzadoux inspiré d’un roman autobiographique de Noëlle Chatelet, raconte le choc produit dans une famille par la décision d’une aïeule de mettre fin à ses jours.

Le titre, la dernière leçon, est bien choisi. Toute sa vie, Madeleine (Marthe Villalonga) a été militante, pour la pilule, pour l’IVG, pour le tiers-monde. Voici que le jour de ses 92 ans, au cours du déjeuner de famille organisé pour son anniversaire, elle annonce son intention de mettre fin à ses jours dans deux mois, à une date qu’elle a déjà fixée. Elle ne supporte pas l’idée de vieillir dans la déchéance.

Dans sa vie militante, Madeleine a souvent été perçue comme une donneuse de leçon. Ses enfants Diane (Sandrine Bonnaire) et Pierre (Antoine Duléry) ne supportent pas la violence qu’elle leur inflige en leur imposant une séparation définitive à une date et selon des modalités qu’elle a fixées sans les consulter.

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Diane se rappelle la peur qu’elle ressentait, toute petite fille, lorsque sa mère la tenait dans ses bras pour qu’elle fasse pipi. Or, voici que de nouveau elle a peur à la perspective que sa mère la lâche, cette fois-ci définitivement. Mais peu à peu elle réalise que si elle aime vraiment sa maman, il lui faut respecter sa décision de mourir, et l’accompagner jusqu’au bout dans son projet. Elle accepte de lâcher prise.

Pierre au contraire, tétanisé par la violence qu’il ressent de la part de sa mère, se crispe dans une situation de rejet. Il est prêt à l’empêcher de se tuer, par la force s’il le faut.

« La dernière leçon est un beau film », juste, souvent émouvant, parfois drôle. Les deux actrices principales, Sandrine Bonnaire et Marthe Villalonga, jouent leurs rôles tout en finesse, de l’incompréhension à la complicité. Deux personnages secondaires sont également remarquables : la bonne de Madeleine (Sabine Pakora) apporte à sa patronne un réconfort fondé sur une vision africaine de la mort, qui n’est qu’un autre versant de la vie ; un aide-soignant apporte aux personnes âgées qu’il assiste un humour décapant, qui dédramatise l’approche de la mort.

Le film souffre de quelques longueurs mais donne au débat sur la fin de vie une véritable épaisseur humaine. J’ai en particulier aimé la scène où Madeleine, hospitalisée à côté d’un vieil homme lui aussi lassé de vivre, entonne avec lui la chanson de Gilbert Bécaud « et maintenant, que vais-je faire ? » La caméra quitte la chambre et parcourt lentement un long couloir d’hôpital éclairé d’une faible lumière bleutée. La mort est au bout du chemin, tout naturellement.

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