La fille au bracelet

« La fille au bracelet », film de Stéphane Demoustier, fait pénétrer le spectateur dans la dynamique d’un procès d’assises qui bouleverse la vie d’une famille.

Lise (Mélissa Guers, une débutante remarquable) est jugée aux assises pour l’assassinat au couteau de sa meilleure amie. Porteuse d’un bracelet électronique, elle rentre tous les soirs chez retrouver son père (Roschdy Zem), sa mère (Chiara Mastroianni) et son frère âgé de 10 ans.

Face à elle se trouve un président affable mais pointilleux (Pascal-Pierre Garbarino, avocat dans la vie) et une redoutable avocate générale (Anaïs Demoustier). À ses côtés, une avocate (Anne Mercier) âgée mais profondément empathique avec sa jeune cliente, et en général avec le monde adolescent qu’elle fréquente.

Pour son père, qui a tenu à l’accompagner dès le début du procès, et sa mère qui s’y est résolu le troisième jour, la plus rude épreuve est de découvrir une Lise qu’ils ignoraient, d’une liberté sexuelle sans tabou ni état d’âme. Ils se sont efforcés de se convaincre que leur fille ne pouvait être qu’innocente, mais à voir l’accumulation des faits à charge et son attitude inébranlable face à ses juges, le doute les ronge. Le tribunal rendra son verdict, mais le spectateur lui-même devra se faire sa propre opinion.

Stéphane Demoustier cherchait, pour le personnage de Lise, une actrice qui n’aie jamais tourné. Son choix s’est porté sur Mélissa Guers car elle était la seule à supporter les silences. Le silence est le point le plus fort de son film. Lorsque Lise se tait, que veut-elle nous faire comprendre : un avis de culpabilité ? Le dédain de la question posée ?

Fréquentant le monde de la prison, j’ai été étonné de l’irréalisme de la situation : le bracelet électronique pour les prévenus (personnes en attente de jugement) n’existera qu’à partir de l’entrée en vigueur de la loi « justice », le 24 mars 2020 ; et il ne s’adressera qu’aux majeurs à la date des faits incriminés. Or, Lise avait 16 ans lorsqu’a été commis le crime dont on l’accuse. La fiction prend parfois des libertés avec le droit.