La Génération Y épouse le libéralisme économique

Dans The Guardian du 26 juin, John Harris montre comment la génération née entre 1980 et 2000 en Grande-Bretagne a épousé l’idéologie thatchérienne.

 Les démographes désignent la génération née entre 1980 et 2000 sous le terme de Génération Y. A Warrington (Cheshire), le journaliste rencontre un homme de 27 ans qui vient de retrouver du travail, un travail temporaire de livreur de sofas. Il lui demande s’il pense que le fait qu’il se trouvait sans emploi était de sa faute. « Ouais, dit-il, je le pense. Je pense que j’aurais dû poser ma candidature à plus de postes. J’aurais dû me pousser le matin, sortir, venir à des endroits comme celui-ci, essayer davantage. Quand on se sent déprimé, on tend à blâmer le monde pour ses erreurs, on pense que le monde vous doit quelque chose. Mais il ne vous doit rien. C’est vous qui êtes redevables au monde : il faut se motiver, sortir et essayer. »

 A l’autre extrême de l’échelle sociale, Harris cite la réaction de la chanteuse Adele Adkins, 23 ans, quand elle reçut son avis d’imposition. Elle se déclara mortifiée d’avoir à payer 50% d’impôt, soit environ 4 millions de livres, pour son fabuleux album : « j’étais prête à sortir acheter un fusil et à ouvrir le feu au hasard ».

 Entre le jeune travailleur précaire de Warrington et la chanteuse pop, il y a un point commun : ils ont épousé l’idéologie thatchérienne. Lorsqu’on demande aux jeunes de la Génération Y s’ils considèrent que la création de l’Etat Providence est l’une des réalisations dont la Grande Bretagne peut être la plus fière, ils sont 20% à se dire d’accord. Les personnes nées avant la seconde guerre mondiale l’approuvent à 70%.

 L’idée que les personnes qui perçoivent l’allocation de chômage sont plus souvent malchanceuses que paresseuses est rejetée par 48% des jeunes de 18 à 24 ans. Cette tranche d’âge  soutient le Parti Conservateur à 31%, le Parti Travailliste à 27%. En ce qui concerne les 40 – 59 ans, les pourcentages sont de 29% et 40% respectivement.

 Le libéralisme économique d’une grande partie de la Génération Y s’accompagne aussi d’un libéralisme en matière de mœurs. C’est la raison pour laquelle elle ne soutient pas le conservatisme populiste de l’Ukip, hostile par exemple au mariage homosexuel : 8% des jeunes de 18 à 24 ans sont sympathisants de ce parti, contre 21% dans la tranche d’âge immédiatement supérieure (25 – 34 ans).

 Lorsque David Cameron prit le contrôle du Parti Tory en 2005, 10% de la Génération Y soutenait son parti. Son positionnement de libéralisme économique militant et d’ouverture sur les questions de société trouve clairement un écho dans une jeunesse abreuvée dès le biberon par une idéologie d’origine Tory mais confortée par le New Labour.

 George Osborne, le Chancelier de l’Echiquier, vient d’annoncer un nouveau tour de vis sur les transferts sociaux. Il peut compter sur un large soutien de l’opinion, y compris et surtout parmi les plus jeunes. Reste à savoir quels seront les effets à terme de cette politique sur la cohésion du tissu social.

La chanteuse Adele, Photo The Guardian

La chanteuse Adele, Photo The Guardian