La Grande Bretagne plus européenne ?

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Le Parti Conservateur britannique affiche une position que j’ai qualifiée dans un précédent article « d’euro scepticisme toryde ». Les événements de ces dernières semaines, coalition à Londres, crise de l’Euro sur le Continent, semblent changer la donne.

Dans le Financial Times du 15 mai, on trouve un intéressant article de Gideon Rachman intitulé « la peur qui unit maintenant la Grande Bretagne et l’Europe ».

« Une semaine d’agitation politique et économique dans tout le Continent européen a abouti à ce que la politique en Grande Bretagne semble davantage européenne ; et que la politique en Europe semble davantage britannique.

La Grande Bretagne a maintenant le type de coalition gouvernementale qui semble parfaitement normal en Allemagne, en Italie ou aux Pays Bas, mais qui est complètement étranger à la tradition britannique de politique antagoniste et de gouvernement fort et monocolore. Pendant ce temps, la crise dans l’euro zone a créé une atmosphère qui rappelle la Grande Bretagne au zénith du Thatchérisme : émeutes dans les rues d’Athènes ; confrontation avec le secteur public en Espagne ; contrecoup eurosceptique mené par les tabloïdes populistes en Allemagne.

L’agent de changement en Grande Bretagne est Nick Clegg, le leader des Libéraux Démocrates et le nouveau vice premier ministre. A la fois par sa biographie et par inclination, M. Clegg est le politicien le  plus européen à s’être tant approché du sommet de la politique britannique. Il a une femme espagnole, une mère hollandaise, parle cinq langues, a été formé au Collège d’Europe à Bruges, a travaillé comme fonctionnaire de l’Union Européenne et a été député au Parlement Européen.

(…) L’accord de coalition qu’il a négocié avec David Cameron, le nouveau premier ministre, a déjà introduit la culture de négociation et de compromis de l’Union Européenne dans la politique britannique. L’accord de pré coalition rédigé par les Conservateurs et les libéraux Démocrates était bien plus reconnaissable par les journalistes politiques allemands que par leurs collègues britanniques – bien que les allemands aient noté avec envie que les partis britanniques avaient conclu un accord en cinq jours, alors que la plus récente coalition allemande avait nécessité 40 jours de négociation.

L’acceptation facile à la fois par M. Clegg et M. Cameron de ce que la politique jusque là chérie devait être jetée par-dessus bord dans l’intérêt d’un accord a semblé légèrement choquante aux média britanniques. Mais c’est le type de maquignonnage qui est profondément familier à qui a suivi les négociations européennes nocturnes à Bruxelles. Il y a quelques principes fondamentaux qui sont vraiment vraiment fondamentaux ; et il y a les autres qui peuvent être marchandés à deux heures du matin.

(…) Mais juste au moment ou le style européen de la politique du compromis devient à la mode en Grande Bretagne, il tombe en disgrâce en Allemagne. Beaucoup d’Allemands semblent être arrivés à la conclusion que l’accord pour secourir l’euro zone, négocié dans les salles non-fumeur de Bruxelles le week-end dernier, est le compromis de trop. (…) Les Allemands, qui considéraient Margaret Thatcher comme l’emblème de l’insularité britannique sembleraient maintenant vouloir un leader qui irait aux sommets européens et dirait, selon les mots associés avec ce premier ministre : « I want my money back » (je veux qu’on me rembourse ») ou simplement « non, non, non ».

Les optimistes pourraient considérer cette convergence des styles allemand et britannique de politique comme positive pour l’Europe dans son ensemble. Les Britanniques, ayant découvert un goût pour le consensus, pourraient devenir des interlocuteurs plus faciles à Bruxelles. Les Allemands, ayant perdu quelques illusions sur l’Union Européenne, pourraient être moins enclins à pousser des schémas irréalistes pour une union politique en Europe.

Mais je crains d’une certaine manière que ce ne soit pas aussi net. Car le principal facteur unissant les événements en Grande Bretagne et dans le reste de l’Europe cette dernière semaine est la terreur d’une nouvelle intensification de la crise économique. (…) L’époque des sommets européens marqués par les affrontements entre les Britanniques eurosceptiques et le reste europhile est probablement dépassée. Mais cette évolution heureuse des événements n’est pas due à une convergence spontanée entre les manières britannique et continentale de faire de la politique européenne. La raison est plus sombre et moins rassurante. Les événements de cette semaine en Grande Bretagne et à Bruxelles peuvent être un avant-goût d’une nouvelle ère politique en Europe, définie par la dette et la crainte d’une nouvelle crise financière et économique. »

Photo The Guardian : David Cameron et Nick Clegg annoncent la création d’un gouvernement de coalition.