La jeunesse espagnole et l’esprit de la transition

Le quotidien El País a publié le 5 mai une « radiographie » de la génération des jeunes de 18 à 35 ans.

 L’institut de sondages Metroscopia a interrogé 1.200 jeunes de 18 à 35 ans et 1.200 personnes de plus de 35 ans sur la manière dont ils voient la situation en Espagne et leur propre avenir. La conclusion de l’enquête est que les jeunes ne font pas confiance à la classe politique actuelle, mais ne mettent pas en cause le cadre institutionnel ni le modèle économique, dont ils pensent que les défauts peuvent être corrigés.

Adolfo Suarez admoneste les putschistes le 23 février 1981

Adolfo Suarez (à gauche de l’image) admoneste les putschistes le 23 février 1981

Avec un taux de chômage des jeunes de 55%, il n’est pas étonnant qu’un profond pessimisme se dégage de l’enquête : 83% des jeunes estiment que l’Espagne ne se préoccupe pas du futur des nouvelles générations, 78% que le pays n’est pas innovateur, 76% qu’il n’offre pas de bonnes perspectives d’avenir, 70% qu’il n’a pas d’idées claires sur sa place dans le monde. L’opinion des plus de 35 ans va dans le même sens, encore que de manière moins nette.

 C’est la classe politique qui est rendue responsable de la mauvaise situation du pays. La monarchie et l’organisation actuelle de l’Etat avec des communautés autonomes sont appuyées par une majorité de jeunes. Mais ils considèrent à 80% que les partis, tels qu’ils fonctionnent peuvent difficilement attirer pour l’activité politique les personnes les plus qualifiées. Les acteurs de la « transition », dans les années 1970 et 1980, sont plébiscités par les jeunes, qui n’ont pas vécu cette période. Adolfo Suárez, le premier président du gouvernement démocratique, qui est décédé en mars, obtient une note de 7,5, Felipe Gonzalez, le premier président socialiste, une note de 5,1. Mais ses successeurs Aznar (3,5), Zapatero (3,8) et surtout Rajoy (2,6) obtiennent auprès des jeunes une évaluation dramatique. Il faudrait, selon les jeunes, ranimer l’esprit de la transition.

 La principale différence entre les jeunes et les plus de 35 ans concerne la religion : 39% des jeunes se disent non croyants, athées ou agnostiques et 10% seulement catholiques pratiquants ; parmi les plus de 35 ans, les pourcentages sont respectivement de 18% et de 24%. Le projet de loi du Parti Populaire sur la limitation du droit à l’avortement n’est approuvé que par 6% des jeunes (10% des plus de 35 ans) ; le maintien de la règlementation actuelle est demandé par 72% des jeunes et 36% des plus de 35 ans. C’est sans doute la raison pour laquelle la loi, qui devait initialement être votée en février, passe par une phase de consultation qui ne semble pas près de finir.