La journée de la jupe

Arte TV a récemment diffusé « la journée de la jupe », film de Jean-Paul Lilienfeld (2008). Isabelle Adjani obtint pour ce film le César de la meilleure actrice.

Sonia Bergerac est professeure de français dans un collège de banlieue. Elle s’acharne à enseigner Molière à des élèves qui n’y trouvent pas le moindre intérêt ; elle persiste à venir en jupe par fidélité à l’idéal laïc et pour résister à la pression des garçons qui voudraient imposer aux filles un vêtement « respectueux ».

La répétition du « Bourgeois Gentilhomme » dans la salle de spectacle du collège tourne mal. Un élève possède un révolver. Madame Bergerac prend peur. Elle s’empare de l’arme et prend sa classe en otage. Voici que la violence qui s’exerce habituellement contre elle se renverse. Elle se trouve en position de terroriser ceux qui, jour après jour, la terrorisent.

Madame Bergerac a trop de comptes à régler. Avec les garçons qui exigent des filles un comportement respectueux mais n’hésitent pas à les violer. Et surtout avec des élèves qui ne comprennent pas la chance que représente pour eux, ou que devrait représenter, l’école et la littérature.

Dans la salle, la situation ne cesse de changer. Sonia passe de l’excitation à la dépression. Le révolver change de mains.

Le raid est sur place. Un négociateur, Labouret (Denis Podalydès), tente d’établir le contact avec le preneur d’otage. On pense d’abord à un élève. On découvre que c’est avec l’enseignante qu’il s’agit de négocier. Mais quelles sont ses revendications ? Que la ministre de l’éducation décrète une « journée de la jupe », pendant laquelle élèves et professeures viendront au collège en jupe comme protestation contre les diktats intégristes. Ce n’est pas impossible, dit Labouret, mais cela prendra du temps, mais vous avez déjà gagné, Madame Bergerac : votre revendication circule déjà dans les journaux.

Le chef de Labouret ne croit qu’en la matière forte. Un dénouement sanglant devient inévitable.

Le film de Jean-Paul Lilienfeld est remarquable. L’interprétation d’Isabelle Adjani est bouleversante. Le scénario, dans le huis-clos de la salle de spectacle et du poste de commandement installé dans la salle des professeurs, est riche de coups de théâtre et diffuse une angoisse de thriller. Le rôle du négociateur, joué par Denis Podalydès, est passionnant : comment entrer assez en profondeur dans la psychologie des acteurs du drame pour les amener à désarmer ?