La littérature nazie en Amérique

Dans « la littérature nazie en Amérique », l’écrivain chilien Roberto Bolaño (1953-2003) imagine le destin d’écrivains sud et nord-américains plus ou moins ratés, qui ont en commun une fascination pour le troisième Reich.

L’envie de lire ce livre m’est venue d’une chronique d’Alice Zeniter dans un article du quotidien Le Monde du 18 mars intitulé : « leur poche de chevet en temps de confinement ».

« C’est une fausse encyclopédie, écrit Zeniter, sur des écrivains oubliés ou censurés, qui gravitaient autour du rêve d’un IVe Reich en Amérique du Sud ou se sont commis avec des régimes dictatoriaux ¬locaux. Certains articles sont fouillés, présentent des œuvres conséquentes, quand d’autres sont bien plus nébuleux. C’est le livre le plus drôle du monde, même les notes de bas de page sont hilarantes. Et comme il se présente comme une encyclopédie, c’est le livre de chevet idéal, dans lequel piocher au hasard. »

Roberto Bolaño

Publié en 1996, ce livre atypique nous raconte la vie personnelle et littéraire d’une soixantaine de personnages. Plus ou moins inspirés de la réalité. Les lecteurs français par exemple reconnaîtront dans le philosophe et historien révisionniste français Étienne de Saint-Étienne (1920-1999) le décalque de Robert Faurisson (1929-2018).

On notera que nombre de personnages inventés par Bolaño meurent de nombreuses années après la publication de son livre. C’est le cas par exemple d’Abel Romero, ancien policier chilien longtemps en exil, qui créa à son retour à Santiago une prospère entreprise de pompes funèbres et décéda en 2013 à l’âge de 73 ans. Ou mieux encore, de l’Argentin Jorge Esteban Petrovitch, auteur de trois romans belliqueux centrés sur les Malouines et décédé en 2027.

Un des personnages étranges créés par Bolaño est Ramirez Hofman (Santiago du Chili, 1950, Lloret de Mar, Espagne, 1998), spécialiste dans les années 1970 d’écriture aérienne : aux commandes d’un vieux Messerschmitt de la Luftwaffe trainant un panache de fumée, il écrivait dans le ciel des poèmes évoquant la mémoire de jumelles qu’il avait assassinées et des oxymores tels que « la mort est résurrection ». Après des années où se perd sa trace, il sera assassiné par Abel Romero en Catalogne où s’était retiré… Roberto Bolaño.