La Llorona

La Llorona, film du Guatémaltèque Jayro Bustamante, met en scène l’impossible devoir de mémoire du génocide commis par le régime du Général Rios Montt dans les années quatre-vingt.

Dans la légende, la Llorona (la Pleureuse) est une femme abandonnée par un homme, qui devient folle, tue ses enfants en les noyant dans une rivière, et est désormais condamnée à pleurer pour le reste de sa vie.

Jayro Bustamante fait de la légende de la Llorona le fil rouge de son film. Mais les rôles sont inversés. La mère meurtrière n’est pas une femme : c’est l’armée du Guatemala et son président, le général Enrique Monteverde qui ont noyé les enfants Maya dans les rivières et dans le sang.

L’épouse d’Enrique, Carmen, justifie ce que l’opinion publique nomme un génocide. L’armée extirpait le mal absolu, le communisme. Comme les communistes se cachaient parmi les civils Maya comme les poissons dans un vivier, il fallait en vider l’eau. Extirper aussi, du monde des vivants, femmes, hommes, vieillards et enfants.

Le général Enrique Montaverde est reconnu par un tribunal coupable de génocide, après que des dizaines de femmes Maya ont accepté de témoigner sur les massacres. Mais la Cour Suprême, contrôlée par le pouvoir, annule le jugement. Le vieux général rentre chez lui.

Dans sa vaste demeure, protégée de la rue par des hauts murs et un cordon de gendarmes, la vie devient infernale. Nuit et jour, des manifestants hurlent et chantent leur indignation. Peu à peu, les certitudes des habitants de la maison s’effritent. Natalia, fille d’Enrique, se pose des questions sur les actions de son père lorsqu’il était à la tête de l’armée en campagne. Carmen elle-même est en proie aux cauchemars : elle voit en rêve Enrique noyer ses deux enfants, et ces enfants sont Maya.

Tous les domestiques, indigènes, de la maison Monteverde ont démissionné. Pour les remplacer, on fait venir une jeune femme Maya étrange, Alma. Celle-ci noue une relation étroite avec Sara, une gamine de 9 ans fille de Natalia et petite-fille d’Enrique et Carmen. Alma a une attirance particulière pour la piscine, deux de ses enfants sont morts. Est-elle venue pour se venger, pour venger ce peuple à qui l’on continue à refuser justice ?

Du film de Jayro Bustamante se dégage une ambiance étouffante : les personnages sont pris dans l’étau de leurs convictions idéologiques, écrasés sous le poids des croyances religieuses, abasourdis par la violence policière.

Enrique, Carmen et Natalia sont les naufragés d’un monde qui coule sous leurs yeux et dans leurs oreilles. Alma et Sara semblent indifférentes à l’horreur ambiante. Elles donnent à La Llorona un parfum de poésie.