La peinture américaine des années 1930

Le musée de l’Orangerie, à Paris, présente jusqu’au 30 janvier une intéressante exposition intitulée « la peinture américaine des années 1930, the age of anxiety »

La période de 1929 (krach boursier) à 1941 (Pearl Harbor et entrée en guerre des États-Unis) est en effet marquée, aux États-Unis, par le doute et l’anxiété. Le rêve de la prospérité pour tous ceux qui ont une âme de pionnier semblait balayé par la tempête boursière qui ruinait les épargnants et par les tempêtes de sable qui poussaient sur les routes les agriculteurs du Middle West.

Les peintres furent témoins et acteurs, d’autant plus que le programme du « New Deal » de Roosevelt incluait des commandes publiques à des artistes.

Le tableau emblématique de cette période est « American Gothic » peint par Grant Wood en 1930. On y voit un couple de fermiers (en réalité, le dentiste et la sœur de l’artiste) devant un bâtiment dont une fenêtre est de style néogothique. L’expression de leurs visages est glauque. L’homme porte une fourche, davantage comme arme que comme outil de travail. Le tableau est ambigu, et c’est probablement ce qui fait sa force : il exprime à la fois la nostalgie de l’Amérique des colons et un profond désenchantement.

Joe Jones, American Justice, 1933

Plusieurs toiles présentées expriment la dureté des temps. C’est le cas de « Roustabouts » (les débardeurs), peinte par Joe Jones en 1934. Du même artiste, on admire un tableau intitulé « American Justice » (1933). Au premier plan, un cadavre de femme noire. Au second plan, un groupe du Ku Klux Klan. Entre eux, la corde qui a servi à pendre la femme.

Un tableau impressionnant d’Alexander Hogue est intitulé « Erosion n°2, Mother Earth Laid Bare » (1936). Au premier plan, une charrue. Au fond, des bâtiments de ferme. Occupant le centre du tableau, les volumes ondoyants d’une terre aussi nue qu’un ballon de baudruche épousant la forme d’un corps de femme.

Alexander Hogue, Erosion n°2, Mother Earth Laid Bare (1936)

Un tableau de Philip Evergood (1934) évoque un marathon de danse. Des couples dansent jusqu’à épuisement, jour et nuit, avec une pause de 15 minutes toutes les 45 minutes. L’objectif de cette torture est une prime de 1000$. Le style du tableau fait penser à celui du Britannique Edward Burra, figuratif mais en même temps fortement onirique.

Philip Evergood, Dance Marathon, 1933

Enfin, il faut bien évoquer Edward Hopper. Une seule toile est présentée dans cette exposition, Gas (station-service, 1940). Elle associe le symbole du miracle américain, le pétrole, à une grande solitude humaine.

On sort de cette exposition émerveillé par ce qu’on a contemplé, et aussi étonné par la capacité des peintres à se nourrir de l’angoisse née d’une profonde crise économique et de civilisation pour réinventer leur art.

Edward Hopper, Gas, 1940