La prison par les prisonniers

Pour célébrer son centième numéro, la revue de l’Observatoire International des Prisons, « Dedans Dehors » a choisi de donner la parole aux prisonniers eux-mêmes.

Dans l’éditorial, la directrice de l’OIP Section Française demande « A-t-on le droit de s’exprimer quand on a soi-même enfreint la loi ? Peut-on donner son avis, dire ses souffrances, pire, se plaindre de son sort, quand on n’a pas respecté les règles, que l’on a porté atteinte à quelqu’un ou quelque chose ? Est-il possible de se raconter, de rappeler quand on existe, quand la société a choisi de vous exclure, de vous couper du monde ?

« La vérité, au-delà du droit, c’est que nus faisons bien peu de cas de la parole des prisonniers. Les enfermer, c’est aussi un moyen de ne plus les voir, de ne plus les entendre. Derrière les barreaux, on attend d’eux qu’ils fassent profil bas. S’ils prennent la parole, celle-ci est au mieux considérée comme sujette à caution, le plus souvent comme illégitime ».

Pages extraites du n°100 de Dedans Dehors

Un peu plus loin, la revue expose le programme de ce numéro : « Dans ces pages, les personnes détenues nous parlent de la prison telle qu’ils la vivent. Elles se souviennent de leur arrivée. Racontent la première nuit entre les murs ; le brut, les odeurs, la perte de repères, le sentiment de claustration et d’isolement, la peur, le soulagement parfois de trouver humanité et soutien auprès de certains gardiens et codétenus ; Décrivent le quotidien dans cet univers de contrainte, un quotidien trop souvent fait de vide, de rapports de force, que ce soit face à l’administration ou entre détenus. Confient le délabrement du corps, l’altération des sens, la perte des capacités physiques et mentales, souvent liée à l la prise de médicaments qui abîment autant qu’ils aident à tenir. Racontent l’infantilisation, la soumission extrême à l’institution. Et disent surtout le sentiment d’arbitraire face à une administration omnipotente : d’impuissance et d’impunité face aux atteintes aux droits qu’ils peuvent subir. »

Pages extraites du n°100 de Dedans Dehors »

S’agissant d’un numéro écrit par des détenus, la cuisine y occupe une place centrale. Comment échapper un moment à la nourriture fade de la taule, comment inventer des saveurs et des couleurs. Plusieurs pages présentent des « recettes du taulard » : gâteau au chocolat, tiramisu simple, brownies. Et puisqu’il faut cuire les ingrédients, une page illustrée présente comment fabriquer sa chauffe à partir de tubes de tomate concentrée, de boîtes de conserve et de tiges de séchoirs à linge. Par l’invention créative d’outils qu’on ne peut « cantiner », les détenus regagnent un peu d’autonomie, un tout petit peu.

Ce numéro exceptionnel de « Dedans-Dehors » comporte des témoignages bouleversants classés par thèmes : conditions de détention, lois de la prison, dignité en prison, sens de la peine. Un grand soin a été apporté aux illustrations, pour la plupart apportées par les personnes détenues elles-mêmes.

Page extraite du n°100 de Dedans Dehors