L’Anatolie de la fenêtre de l’autocar

Prendre un autocar touristique n’est certainement pas une façon de voyager qui permette un contact en profondeur avec un pays et ses habitants. Ce que l’on voit furtivement a toutefois de l’intérêt. Voici quelques observations entre Antalya et Pamukkale, en Anatolie. Elles s’appuient aussi sur les commentaires de notre guide, Levent, qui parle un excellent français et nous communique l’amour de son pays.

 Nous partons le matin de Belek, la très longue plage à une cinquantaine de kilomètres d’Antalya où se trouve notre hôtel, parmi des dizaines d’autres qui ont colonisé le littoral. La plaine de Pamphylie, entre la Méditerranée et la chaine de montagnes du Taurus, est riche de cultures. On y voit des grenadiers, orangers, mandariniers et citronniers chargés de fruits, des champs de coton, des bananiers, des serres où poussent toutes sortes de légumes dont on accélère ou retarde la maturation de manière à ce qu’ils arrivent sur le marché à contre-saison. Le paysage agricole fait penser à celui de la région d’Almeria en Andalousie.

 

De la fenêtre de l'autocar

De la fenêtre de l’autocar

Un arc construit en aplomb de la route marque l’entrée des villages. On y lit des messages de bienvenue, et on y voit souvent le portrait de Mustapha Kemal « Atatürk », le fondateur de la république en 1923. La population du pays a été multipliée par un facteur 6 entre cette époque et aujourd’hui, passant de 13 millions d’habitants alors à 73 millions aujourd’hui. Dans la région d’Antalya, le boom démographique est particulièrement sensible. On y construit partout, apparemment sans vrai schéma d’urbanisme. L’habitation standard est une maison de trois niveaux sont les deux derniers sont habitables. Il arrive fréquemment que la base des piliers, avec leur armature métallique, soit prête pour l’adjonction d’un quatrième niveau. La cohabitation des générations est de règle, ce qui rend nécessaire une grande surface. Les maisons sont presque toutes surmontées d’un chauffe-eau solaire et d’une parabole pour la réception de la télévision par satellite. En ville, le toit des immeubles est encombré d’une forêt de ces équipements.

 Après Antalya, la route grimpe dans la chaine du Taurus. Son point culminant sera un col à 1500 mètres d’altitude. Les paysages sont grandioses. Ce qui frappe au premier abord, c’est la nudité des sommets, dont on ne perçoit que pierre et rocaille ainsi que, déjà en novembre, un peu de neige. Dans les vallées, on rencontre des zones reboisées, mais on mesure l’immensité de la tâche à accomplir pour lutter contre l’érosion.

 La route est une quatre-voies toute neuve, peu fréquentée par les voitures particulières. Elle serpente dans la montagne puis parcourt en ligne droite des dizaines de kilomètres sur des hauts-plateaux dédiés à la culture des céréales.

 Le temps change et le soleil méditerranéen de la plaine côtière est obscurci par un épais brouillard. C’est alors que nous apparait une ville comme surgie de nulle part, Denizli. C’est aujourd’hui une vaste agglomération de 600.000 habitants, une ville industrielle renommée pour son industrie textile, et en particulier la production de draps de bain. L’autocar traverse des quartiers entièrement neufs, avec des mosquées, des centres commerciaux incluant des cinémas, une maison de mariages et d’innombrables magasins de meubles : la population est jeune et a besoin de divertir et de s’équiper.

 Quelque vingt kilomètres en aval de Denizli nous apparaît Pamukkale, avec ses falaises blanches évoquant des pistes de ski, mais en réalité blanchies par le dépôt de sels minéraux par de le l’eau de source s’écoulant à flanc de colline. Nous entrons de nouveau dans l’empire du tourisme.