L’Ange Gardien

Dans le monde contraint et violent de la prison, certaines personnalités tranchent par leur humanité.

Les surveillants et surveillantes de prison n’aiment pas qu’on les appelle « gardiens ». L’une d’entre eux, néanmoins, mérite le nom de Gardien. D’Ange Gardien.

Elle travaille depuis des années au quartier femmes d’une maison d’arrêt. Elle explique que les femmes en prison sont dix fois plus difficiles à gérer que les hommes. Cela s’explique en partie par le fait que les magistrats incarcèrent plus facilement les hommes que les femmes. Sont emprisonnées celles qui ont commis des crimes graves. L’infanticide n’est pas rare.

La gestion des femmes en prison est aussi rendue difficile par l’intensité du stress. Il y a la culpabilité pour ce qu’on a commis. Il y a la peur que le mari s’en aille avec une autre. Il y a l’angoisse pour le sort des enfants qu’on a laissés dehors. Pour les étrangères, du Nigéria, du Surinam ou d’ailleurs prises dans des réseaux de prostitution ou de drogue, il y a l’atterrissage dans un pays qu’elles ne connaissent pas et dont elles ignorent la langue.

L’agressivité est souvent à fleur de peau. Parfois les femmes ne supportent pas la cohabitation forcée. Des bagarres éclatent, dont il faut séparer les protagonistes.

Un visiteur parle des coups, de l’alcool et de la détresse qu’il lit sur le visage de ces femmes lors de la réunion d’accueil des arrivantes. Il n’est pas rare qu’elles tombent dans une profonde dépression et se laissent aller sans prendre plus soin d’elles. C’est pourquoi un salon de coiffure et de beauté est si important dans leur lieu de vie contrainte.

Photo du film La Taulard

L’Ange Gardien s’efforce d’accompagner les femmes confiées à sa surveillance, de soulager leur stress. Elle plaisante, elle chante. Elle essaie, malgré la charge de travail, de prendre le temps de leur parler lorsqu’elles n’en peuvent plus d’angoisse. Il lui arrive de les serrer contre elle comme une mère de substitution : l’interdiction de toucher pèse peu quand la détresse est extrême.

L’Ange Gardien ne craint pas de parler seule à seule à une détenue si violente que ses déplacements sont escortés de cinq surveillants. Elle ne s’offense pas des insultes qu’elle reçoit : elles révèlent l’angoisse de celle qui les profère et non une vérité sur elle-même. Elle préfère en parler avec l’auteure de l’offense plutôt que de rédiger un rapport disciplinaire.

Il y a en prison, comme hors les murs, des personnes exceptionnelles et humbles. C’est vrai parmi les surveillants et surveillantes. C’est vrai aussi parmi les personnes détenues.

Sophie Marceau dans le film « La Taularde »