L’Arche d’Alliance, aux origines de la Bible

Arte TV a récemment diffusé un documentaire de Thierry Ragobert : « l’Arche d’Alliance, aux origines de la Bible ».

 En 2017-2019, une mission conduite par l’archéologue israélien Israël Finkelstein et le bibliste français Thomas Römer a fouillé la colline de Kiriath-Jearim, proche de Jérusalem, dont le sommet est depuis les années 1920 occupé par un couvent de moniales, Notre-Dame de l’Arche d’Alliance.

 C’est en effet à Kiriath-Jearim que, selon la Bible, les Tables de la Loi remises par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï auraient été conservées quelques années avant que le Roi David les conduisît à Jérusalem, et que son fils Salomon construisit un temple pour la vénérer. Les fouilles de la colline utilisent des techniques archéologiques de pointe, comme la datation de poussières par la lumière à laquelle elles sont exposées. Elles font apparaître les ruines d’un sanctuaire datant du huitième siècle avant notre ère. Or, le roi David a vécu au dixième siècle.

Thomas Römer, bibliste et l’archéologue Israël Finkelstein

Le sanctuaire de Kiriath-Jearim est presque limitrophe entre les deux royaumes juifs, celui d’Israël au nord et celui de Juda au sud. Il a été construit à la même période et selon les mêmes techniques que le palais royal de Samarie, la capitale du roi Jéroboam II, roi d’Israël. Lorsque vers 720, le royaume du nord est conquis par les Assyriens, une partie des fonctionnaires et des scribes émigre vers le royaume de Juda. Le travail d’écriture des textes qui composent la Bible qu’ils ont commencé à Samarie, se poursuit à Jérusalem.

 Le royaume de Juda connaît son apogée au septième siècle, sous le roi Josias. C’est lui qui encourage l’écriture de la Bible sous un angle qui légitime son pouvoir et son ambition de régner sur les deux royaumes d’Israël. Le transfert de l’Arche d’Alliance à Jérusalem est antidaté de deux siècles, et l’étape à Kiriath-Jearim est ramenée au rang de péripétie.

 La philosophie de Finkelstein et Römer consiste à s’incliner devant les faits historiques, même s’ils viennent contredire le récit biblique. Elle s’oppose à celle d’ultraorthodoxes qui fouillent le site de Silo, qui, selon la Bible, aurait été la première étape de l’Arche dans son périple en terre sainte. On n’y recherche pas une vérité historique, mais un imagier pour illustrer le texte sacré.

Le film de Thierry Ragobert montre que le monothéisme est relativement tardif : au huitième siècle, à Kiriath-Jearim, Yahvé n’est encore qu’un dieu parmi d’autres, aux côtés de Baal ou d’Ashera, divinité de la fertilité dont une petite figurine a été retrouvée sur le site des fouilles. Ce n’est qu’après 547, date du sac de Jérusalem et de la déportation à Babylone, qu’il s’imposera définitivement.

 Enfin, on retiendra l’étape des archéologues au site de l’antique Samarie, proche de la ville palestinienne de Naplouse. Leur visite se déroule sous la protection de soldats israéliens lourdement armés. L’histoire passée ne peut faire abstraction de l’histoire en train de se faire.