Le chanteur de Gaza

Réalisé par Hamy Abu-Assad en 2015, « le chanteur de Gaza » arrive enfin sur les écrans français. Il mérite un grand succès.

Inspiré de faits réels, le film se déroule en deux époques : 2005 et 2012.

En 2005, Mohammed Assaf (Kais Attalah) a une douzaine d’années et une voix d’or. Avec sa sœur Nour (Hiba Attalah) et deux copains, ils se procurent des instruments de musique au marché noir, sollicitent l’aide d’un coach bénévole et forment un groupe qui anime des mariages.

Sept ans plus tard, Mohammed (incarné cette fois par Tawfeek Barhom) est seul sans sa sœur et sans ses camarades : l’un d’entre eux, Omar, a rejoint les islamistes et considère que la faire de la musique est « haram », une impureté, un péché. Mohammed est seul au volant de son taxi, arpentant un Gaza isolé du monde par des grilles infranchissables, traversant des quartiers ruinés par les bombardements israéliens.

Lorsqu’il entend parler de « Arab Idol », un « The Voice » arabe qui fascine les téléspectateurs de nombreux pays, le rêve de musique et de gloire qui l’habitait enfant, la promesse qu’il avait faite à sa sœur Nour de conquérir le monde s’emparent de lui. Il faut à tout prix quitter la prison qu’est devenue Gaza, et participer au concours dont les éliminatoires ont lieu au Caire.

« Le chanteur de Gaza » est un film d’action et d’émotions. L’atmosphère étouffante de cette bande urbaine surpeuplée et cadenassée qu’est Gaza est bien rendue, comme elle l’était dans « Dégradé », des frères Nasser. Le film évoque subtilement l’ambigüité de l’attitude des islamistes, coincés entre leur rigorisme, la camaraderie et la fierté qu’un compatriote accède à une renommée internationale.

La part musicale est naturellement importante dans le film. La langue arabe est propice à la poésie chantée. Les consonnes, et en particulier la hamza structurent le rythme. Le texte oscille au gré des voyelles longues et brèves. Le kha (خ) râcle la gorge, le qaf (ق) vient des profondeurs, le ha (ه) souffle comme un vent léger. « Le chanteur de Gaza » constitue un bel hommage à la musique arabe. À voir sans hésiter !