Le Château Blanc

Orhan Pamuk, écrivain turc né à Istanbul en 1952, prix Nobel de littérature en 2006, a écrit Le Château Blanc en 1985 (The White Castle, sur Kindle). Dans ce roman foisonnant et troublant, il affronte le thème de l’identité.

 A Istanbul au dix septième siècle, un jeune universitaire italien réduit en esclavage à la suite de l’arraisonnement par les Turcs du navire sur lequel il voyageait est remarqué par le Pacha et offert par lui à un savant de quelques années son aîné, dont les compétences vont de la conception d’un feu d’artifice géant à l’interprétation des rêves.

 Nous ne connaîtrons ni le nom du maître, simplement désigné par la traduction du mot en turc, Hoja, ni celle de l’esclave. Ce n’est pas un hasard. L’esclave est immédiatement frappé par sa ressemblance physique avec le maître. Par force, il apprend sa langue et vit au rythme de ses passions et de ses phobies. De son côté, Hoja avale avec boulimie tout ce que l’esclave lui révèle sur son existence en Italie avant la servitude.

 Hoja méprise l’esclave, et ce dernier le repaie de sa haine. Leur conflit atteint son paroxysme lorsque la peste s’empare d’Istanbul. Le maître raille l’esclave pour sa couardise. Le jeune italien est terrorisé lorsqu’il voit apparaître sur la peau d’Hoja une purulence : piqure d’insecte, ou bubon ? La peste lie indissolublement le maître à l’esclave : si le premier est contaminé, le second doit mourir. Elle constitue aussi une opportunité qui va changer leur destin. L’esclave convainc Hoja de préconiser des mesures prophylactiques qui, acceptées par le Sultan et mises en œuvre énergiquement, lui permettront de prédire l’extinction de l’épidémie et d’obtenir le poste d’astrologue officiel.

 Le Sultan commande à Hoja une arme nouvelle, une sorte de grand insecte blindé crachant le feu et perforant les murailles des forteresses ennemies. L’engin est amené sous un château ennemi, un château blanc ivoire comme dans un rêve, mais il s’enlise misérablement dans la boue. S’il faut un responsable, c’est naturellement l’esclave que l’on exécutera. Mais Hoja se sent au bout de sa route. Il a échoué dans la mise au point d’une arme sans rivale, comme il n’a pas réussi à comprendre pourquoi il est qui il est et pourquoi les imbéciles, les autres, sont si stupides. Il se glisse dans l’identité de l’esclave et disparaît dans la brume pour renouer avec la vie qu’il n’a jamais eue, en Italie. L’esclave italien, quant à lui, mène la vie d’un notable turc à la cour du Sultan, se marie, a des enfants et se retire sur « ses » terres dans le fief attribué par le monarque à Hoja.