Le cimetière jardin d’Hell Bourg

Le cimetière d’Hell Bourg, village du Cirque de Salazie (Île de la Réunion), est un lieu intensément mystique.

Au fond d’une rue perpendiculaire à la rue commerçante, s’ouvre le cimetière. Il constitue une attraction que les guides font entrevoir à des groupes de touristes.

Ils y restent quelques minutes. Ils sont saisis par la beauté du lieu. Au premier plan, une profusion végétale, un vertige de couleurs, les croix et les arbustes érigés ; en arrière-plan, la masse imposante du Piton d’Anchaing, un symbole de liberté puisque nommé d’après un noir marron qui y trouva refuge.

 

Une fois le groupe parti, le flâneur se laisse envoûter. Il est enivré par les fragrances, étourdi par la symphonie chromatique, aspiré par les vertigineux remparts. Dans le cimetière jardin, le temps est disloqué. Ici, un caveau éventré par les lianes ne porte pas d’inscription. Là, une croix rappelle le souvenir d’une petite fille décédée dans sa tendre enfance tandis qu’une autre croix toute proche est ornée d’un médaillon représentant un couple de personnes âgées coiffées du chapeau de paille des paysans.

Des destins ont fini dans ce lieu il y a cent ans, vingt ans, quelques jours. Des jeunes frappés par une maladie ou un accident ; des vieux usés par les années. Certains sont oubliés des vivants. D’autres survivent dans la mémoire de leurs proches qui tentent de mettre de l’ordre dans la terre, fécondée par la pluie, le soleil et les cyclones, qui couvre le caveau. Le temps dispersé, fracturé, émietté, est ici rassemblé en un seul instant, celui qui offre au flâneur un éphémère repos en paix.

Les religions du livre ont représenté le paradis originel sous les traits d’un jardin. Religion venue du désert, l’islam a fait du jardin et des ses fontaines l’anticipation du paradis promis aux croyants après la mort. Le cimetière-jardin d’Hell Bourg, dans sa luxuriance tropicale, nous parle aussi de bonheur éternel. Curieux paradoxe pour un lieu qui, en anglais, signifie « enfer » !