Le Crabe Tambour

En hommage à Claude Rich, France 5 a récemment diffusé le Crabe Tambour, film de Pierre Schoendoerffer (1977).

Pendant l’hiver 1975, l’escorteur Jaurèguiberry croise dans l’Atlantique Nord et ravitaille les chalutiers qui y travaillent dans des conditions extrêmes. Le commandant (Jean Rochefort) a demandé à effectuer ce qui sera sa dernière mission, bien qu’il se sache atteint d’un cancer du poumon en phase terminale.

Il partage avec Pierre (Claude Rich), le médecin du bord, deux secrets : sa maladie, bien sûr, mais aussi leur amitié commune avec un homme connu sous le surnom de « Crabe Tambour » (Jacques Perrin). Ils l’ont connu au Vietnam. Jeune officier de marine, vêtu d’un uniforme d’un blanc impeccable et toujours accompagné d’un chat noir, il en imposait par sa décontraction et son audace.

Le commandant et le médecin ont ensuite connu le Crabe Tambour à des moments différents de sa vie mouvementé : lorsque capturé par les Viêt-Cong, il fut libéré ; lorsqu’il prétendit revenir en Europe seul à bord d’une vieille jonque qu’il avait achetée ; lorsque capturé par des pirates et devenu l’un des leurs, il fut racheté moyennant une rançon. Et surtout lorsqu’après le coup d’État des généraux à Alger en 1961, il fut jugé pour haute trahison et condamné à vingt ans de prison : le commandant et lui se trouvèrent dans deux camps opposés.

Le médecin découvre le but de la dernière croisière du commandant : rendre un hommage, fût-il silencieux, au Crabe Tambour. Celui-ci commande un des chalutiers qui croise au large de Terre-Neuve. Les hommes ne se rencontrent pas, ne se touchent pas : « adieu, capitaine », dit seulement le commandant par liaison radio.

L’action du film de Schoendoerffer se déroule treize ans après l’indépendance de l’Algérie, et alors que la défaite américaine au Vietnam est imminente. Les officiers à bord du Jarèguilberry ont lutté pour maintenir l’Empire, et celui-ci s’est effondré. Emmurés dans le formalisme de leurs rôles, ils ne peuvent exprimer leurs émotions. Celles-ci se diluent dans le temps, le temps interminable d’un navire se frayant un passage dans les lames, le temps court d’un homme qui, n’ayant plus que quelques semaines à vivre, guette anxieusement, derrière la vitre du navire, ce qui sera sa dernière et capitale rencontre.