Le dernier Turner

La Tate Britain présente jusqu’au 25 janvier une exposition consacrée aux dernières années de Joseph Mallord William Turner : « Late Turner, painting set free » (le dernier Turner, la peinture libérée).

 En 1835, Turner eut soixante ans. Il continua à voyager quelques années et il peignit jusqu’à sa mort à l’âge de 76 ans. Sa peinture tardive aborde les thèmes qu’il a toujours explorés : la mer et les marins, la mythologie, l’Italie antique et moderne, Venise, les paysages flottant entre brume et lagune.

 Peace - Burial at Sea exhibited 1842 by Joseph Mallord William Turner 1775-1851

Mais ainsi que l’indique le titre de l’exposition, le peintre n’ayant plus rien à prouver s’affranchit des conventions et art frôle parfois l’abstraction. C’est au point que certains des artistes et critiques de l’époque le qualifient gentiment de dément sénile…

 Un tableau est particulièrement frappant. Intitulé « Peace- burial at sea » (Paix – obsèques en mer), il présente un navire mixte (vapeur et voile) en proie à un incendie. Il y a trois sources de lumière : l’incendie lui-même, le soleil à l’horizon se reflétant dans les nuages et sur la surface de la mer, et une ville blanche qui semble briller par elle-même plus que par une simple réverbération. La frontière entre la mer et le ciel est floue.

 Le tableau diffuse un profond sentiment d’angoisse, comme si l’exubérance de la vie était menacée de s’éteindre à tout instant sous la fumée noire de la mort.

 Dans sa collection permanente, la Tate Britain présente de nombreuses œuvres de la fraternité préraphaélite créée par William Holman Hunt, John Everett Millais et Dante Gabriel Rossetti en 1848, trois ans avant la mort de Turner. Cette école de peinture produisit des chefs d’œuvre et marqua profondément la culture de la période victorienne. Mais elle tourne résolument le dos aux audaces abstraites du dernier Turner.

 Dans sa vieillesse, Turner apparaît comme un précurseur des impressionnistes, mouvement lancé par la peinture « impressions soleil levant » de Claude Monnet en 1872. Son héritage artistique s’est déplace dans l’espace et dans le temps. C’est en France qu’il a été recueilli, avec une génération de décalage.