Le géant égoïste

« Le géant égoïste », film de la Britannique Clio Barnard, nous raconte l’histoire de deux jeunes garçons luttant ensemble pour survivre dans une banlieue sordide du nord de l’Angleterre.

 Le fil de l’histoire est en cuivre. Ce sont les câbles qu’Arbor et Sweety, deux jeunes de 13 et 15 ans rejetés par le système scolaire, volent sur une voie de chemin de fer pour les revendre au poids à un ferrailleur, Kitten (Sean Gilder).

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Ces câbles servent au transport de l’électricité. L’électricité qui manque à la maison pour chauffer les plats quand, faute de pouvoir payer les factures, le courant est coupé. L’électricité dont les lignes à haute tension défigurent les collines voisines de Bradford, où paissent des chevaux. L’électricité qui peut tuer.

 Les chevaux de trait ont fait leur réapparition dans cette partie de l’Angleterre appauvrie par des décennies de lucre et de poursuite aveugle du gain (le géant égoïste, titre tiré d’une nouvelle d’Oscar Wilde). Il y a aussi des chevaux de course, des trotteurs que l’on attelle à des sulkies et qui s’affrontent dans des courses clandestines, au soir couchant, sur des autoroutes où montures, cavaliers et suiveurs en voitures klaxonnantes se livrent une lutte à mort.

 Arbor est un écorché vif, un révolté. A la maison, dont le père est parti, la mère n’arrive pas à venir à bout du fils aîné dépendant de la cocaïne. Arbor vit dans une ambiance empreinte de misère et de violence. C’est un impertinent : il ordonne froidement aux policiers venus l’admonester de se déchausser pour entrer.

 Son ami Sweety, bien que de deux ans plus âgé que lui, est sous sa protection. C’est un mou sans défense. Mais il a une passion pour les chevaux, ce qui le fait devenir le cavalier du trotteur de Kitten. Peu à peu, il prend l’ascendant sur Arbor : le cheval l’emporte sur la ferraille.

 Voici ce que dit la réalisatrice Clio Barnard au Guardian : « c’est essentiellement un film sur l’amour, l’amitié profonde et la loyauté entre deux garçons, mais il se joue dans un monde où quelque chose va fondamentalement de travers, et les enfants sont souvent sur l’arête de cela. Lorsque je faisais The Arbor (son film précédent), ce que je voyais c’était des enfants exclus que l’on criminalise et que l’on démonise et qui, je pense, sont les victimes de l’élargissement de l’inégalité ».

 Le film échappe à l’apitoiement et à la sentimentalité. Il se passe dans un univers glauque et apparemment sans espoir. Pourtant, les personnages sont terriblement humains. Sweety, un môme déclassé et méprisé, est radieux lorsqu’il caresse un cheval. Arbor, le gros dur, prend sa maman en larmes dans ses bras et la console comme l’homme qu’il sera un jour. La maman de Sweety finit par pardonner à Arbor de l’avoir entraîné dans une aventure tragique. Et Kitten lui-même, le ferrailleur sans foi ni loi, géant égoïste, prend sur lui la responsabilité du drame lorsque les policiers viennent enquêter.

Le géant égoïste est un film dur mais fin, porté par des acteurs formidables, y compris les deux jeunes garçons, magnifiquement dirigés par la metteuse en scène.

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