Le grand jour, de la prison à l’Odéon

La Chaîne Parlementaire a récemment diffusé un documentaire intitulé « le grand jour, de la prison à l’Odéon » sur un atelier théâtre de la prison de Fresnes.

Réalisé par Guy Beauché, écrit par Émilie Garcia et Sylvie Nordheim, le film raconte le défi relevé par cette dernière, animatrice d’un atelier théâtre à la maison d’arrêt de Fresnes : à raison de deux ou trois séances par semaine, amener un groupe d’hommes incarcérés à se produire un soir devant 800 spectateurs au théâtre de l’Odéon à Paris.

Les candidats acteurs ont été choisis parmi ceux qui savent lire. Mais, ainsi que le découvrira Sylvie Nordheim, l’illettrisme est vécu comme une tare en détention, et plusieurs membres de son groupe sont en réalité illettrés.

Le groupe d’acteurs en herbe manque d’éclater lorsqu’un de ses membres « pète un plomb » et s’en prend au matériel. Un compte-rendu d’incident, appelé CRI dans le langage pénitentiaire, ce qui révèle involontairement le caractère d’appel du geste violent, pourrait signer l’échec de l’atelier. Grâce à la bonne volonté de la direction, le danger est écarté.

La Commission d’Application des Peines se réunit pour décider, un par un, si les 7 membres du groupe bénéficieront de la permission de sortir qui leur permettra de participer à la représentation à l’Odéon. L’animatrice de l’atelier, la directrice du SPIP (service pénitentiaire d’insertion et de probation) et la coordinatrice culturelle défendent les dossiers. Le directeur de l’établissement et le procureur donnent leur avis. Le Juge d’application des peines se prononce : cinq participants à l’atelier obtiennent leur permission, deux se la voient refuser, dont Bamzy, qui apparaissait comme un leader du groupe. Sylvie doit recourir à une solution d’urgence : faire appel à deux détenus libérés, qui avaient participé à l’atelier théâtre pendant leur détention.

C’est enfin le grand jour. De la pénombre crasseuse de Fresnes aux ors de ce théâtre construite sous Louis XVI. Face aux spectateurs, chaque acteur devant un pupitre. Une ovation. Après le spectacle, Axel embrasse son père, dont il n’avait plus de nouvelles depuis sa détention.

Bien que s’agissant d’une pièce de théâtre, il n’y a pas de mise en scène. Il manque le mouvement, la corporalité. Pourtant, le travail de Sylvie Nordheim touche le corps. Elle enseigne comment respirer, comment articuler, comment se tenir droit, comment regarder. Avez-vous déjà parlé en public, demande-t-elle ? Oui, en cour d’assises, répond un membre de l’atelier. Vous voyez, le travail que nous faisons ensemble vous aidera face à un juge comme face à un employeur.

L’engagement de Sylvie Nordheim est total. Le grand jour à l’Odéon est un horizon qui ne permet pas l’échec. Dos au mur, elle est pour les membres de l’atelier celle qui leur fixe un niveau d’exigence que nul ne leur a fixé jusque-là dans leur vie ; elle est « l’Aimé Jacquet », le coach de l’équipe de France de football victorieuse en 1998 ; elle est la maman qui console.

Pour les participants à l’atelier, c’est un moment de grâce. Les autorités de la prison les respectent. Les spectateurs de l’Odéon les applaudissent. On leur a fait confiance. Peut-être trouveront-ils en eux-mêmes la confiance qui leur permettra, après la prison, de s’inventer une nouvelle vie ?