Le Havre

Le Havre est une ville étonnante et attachante.

 La ville du Havre est pour moi l’objet d’un souvenir d’enfance. Vers 1960, le Cours Notre Dame et la Sainte Providence d’Enghien-les-Bains avaient fretté ensemble un train spécial pour visiter le paquebot France. Le convoi était tracté par une locomotive à vapeur. Les filles avaient pris place dans les wagons de tête, les garçons dans ceux de l’arrière. Des bonnes sœurs avaient pris position dans le soufflet séparant les deux parties du train pour veiller aux bonnes mœurs.

Le port du Havre

Le port du Havre

Un demi-siècle plus tard, je reviens au Havre pour visiter l’exposition d’œuvres de Nicolas de Staël au musée d’art moderne de la ville, le Muma. Nous accédons à la ville en voiture par le pont de Tancarville. C’est une suite sans fin de raffineries, de réservoirs, de docks, de quais. En ce dimanche matin d’automne, les rues semblent désertes. À un certain point pourtant, un embouteillage se forme à l’intersection avec des rues piétonnes, près d’un vaste marché. Aux boulangeries, des queues se forment.

 Nous sommes donc au centre ville, mais peut-on parler de centre lorsque les rues se croisent à angle droit ? On est loin du schéma médiéval d’urbanisme concentrique, avec au centre l’église, la mairie et la grande place. La ville est comme disloquée. Elle a pourtant une unité architecturale : rasée par les bombardements de la seconde guerre mondiale, elle a été reconstruite dans l’urgence en quelques années, et les immeubles aux façades grises rivalisent d’austérité.

 Le Havre serait-elle une ville triste, sans âme ? On découvre que ce n’est pas le cas. Elle vit au rythme des pulsations de son port et des allées et venues des navires de croisière, des tankers, des cargos porte-conteneurs et des bateaux de plaisance. Elle a comme fenêtre la Manche et, au-delà, l’Atlantique et les océans du monde.

 Comme Liverpool, Pittsburgh ou Bilbao, Le Havre cherche à se faire belle pour séduire. Les rues sont propres, bien soignées. Les bancs publics proposent des promenades littéraires, avec des textes gravés d’écrivains qui ont écrit sur la ville. Le Muma contient une très belle collection permanente.

 Le monument le plus émouvant de la ville est l’église Saint-Joseph, édifiée de 1951 à 1957 par l’architecte Auguste Perret et ses collaborateurs, l’équipe chargée reconstruction de la ville. Le bâtiment est en béton. Sa tour lanterne, de 110m de haut, constitue un puits de lumière qui illumine l’autel, situé au milieu des fidèles. Des verres colorés, au nombre de 6.500 au total, éclairent l’intérieur avec des couleurs différentes selon les heures du jour. Ce magnifique édifice est un hommage à l’obstination des habitants décidés à renaître du fracas et des flammes.

La tour lanterne du l'église Saint-Joseph

La tour lanterne du l’église Saint-Joseph