Le jardin des Finzi-Contini

Dans « le jardin des Finzi Contini », roman en partie autobiographique, Giorgio Bassani (1916 – 2000) raconte le destin d’une famille juive de la haute bourgeoisie de Ferrare dans le tourbillon des lois racistes qui finalement les emportera.

En 1938, le régime fasciste de Mussolini promulgue des lois antijuives. Elles interdisent les mariages mixtes, excluent tout jeune, reconnu comme appartenant à la race juive, des écoles publiques, dispense les jeunes Juifs de l’obligation « hautement honorifique » du service militaire. Le Juifs ne peuvent, entre autres interdictions, insérer des nécrologies dans les quotidiens, figurer dans l’annuaire téléphonique, avoir des domestiques de race arienne, fréquenter des « cerces récréatifs » de quelque sorte que ce soit.

Le jeune Giorgio, né dans une famille bourgeoise de Ferrare, est exclu de la bibliothèque municipale par Poledrelli, le portier. « Fier comme un paon, faisant rentrer la bedaine et réussissant même à s’exprimer dans la langue, l’excellent Poledrelli avait expliqué à voix haute, officielle, comment Monsieur le Directeur avait donné des ordres impératifs : raison pour laquelle, avait-il répété, que je fasse le plaisir de me lever et de déguerpir. » Des jeunes Juifs sont exclus du club de tennis en plein tournoi.

Photo du film « le jardin des Finzi-Contini de Vittoria de Sica, 1970

La famille Finzi-Contini, propriétaires terriens fortunés, habitent un manoir au cœur d’un grand jardin boisé, ceint de hauts murs. Ils offrent aux jeunes exclus d’y jouer au tennis. Giorgio fréquente Alberto, le fils de la famille, un garçon terne, incapable d’intérêt pour les autres. Il tombe amoureux de Micòl, la sœur d’Alberto, une belle fille déterminée, amoureuse de la poésie et des arbres de son jardin.

Parce qu’ils sont propriétaires terriens, les Finzi-Contini ont pu continuer à employer un domestique « aryen » et ses deux filles. Malgré la guerre qui menace en Europe, ils maintiennent un mode de vie luxueux, un goût pour les jeux intellectuels et cet accent si particulier qu’ils ont eux-mêmes dénommé le « finzi-continico ». Leur jardin est un véritable paradis terrestre. Pour ne pas rompre le charme, ils font silence sur tout ce qui menace, y compris la leucémie qui affaiblit chaque jour un peu plus Alberto. Ils savent qu’inéluctablement ils seront chassés du paradis.

Dans la revue « Italies », Sophie Nezri Dufour a fait en 2004 une analyse littéraire du jardin comme symbole d’un lieu idéalisé que l’on veut conserver dans la mémoire. « Micòl et ses parents, parfaitement lucides sur leur avenir, s’enferment ainsi dans leur magnifique ghetto volontaire. Comme Emily Dickinson, la poétesse qu’elle étudie avec passion, la jeune fille a décidé de se retirer du monde, de ne plus vivre socialement, pour mieux rêver. Elle a choisi de ne pas vivre, de ne pas accepter l’amour de Giorgio, pour se prémunir son univers précaire : en s’isolant dans sa propre jeunesse, dans son jardin, paradis enchanté aux confins duquel rôdent la destruction et la mort, elle veut conserver intacte l’image incorruptiblement pure d’une période, merveilleuse mais éphémère. »

Ferrare

 

 

Le renoncement à Micòl est, pour Giorgio, une petite mort. Mais, lui dit son père : « Dans la vie, si quelqu’un veut comprendre, comprendre sérieusement comment sont les choses de ce monde, il doit mourir au moins une fois. Et alors, vu que la loi est celle-là, il vaut mieux mourir jeune, quand on a encore beaucoup de temps devant soi pour se relever et ressusciter. »

Le roman de Giorgio Bassani commence par le récit d’une visite à une nécropole étrusque qui lui fait penser au vaste mausolée que la famille Finzi-Contini avait fait construire dans le cimetière israélite de Ferrare. Seul Alberto, mort en 1942, y est enterré. Les autres, y compris Micòl, ont été déportés en 1943 et sont restés sans sépulture. L’œuvre de Bassani les fixe dans la mémoire de l’humanité pour toujours.