Le Magicien des Mensonges

Dans « The Wizard of Lies » (le Magicien des Mensonges), Barry Levinson raconte la chute en 2008 de Bernard Madoff, condamné à 150 ans de prison pour une faillite frauduleuse de 55 milliards de dollars.

Le 11 décembre 2008, Bernie Madoff (Robert de Niro) convoque ses fils Mark (Alessandro Nivola) et Andie (Nathan Darrow) pour leur avouer qu’il n’a pas investi un cent des milliards de dollars que lui ont confié des investisseurs.

Les sommes souscrites servaient à rembourser ceux qui souhaitaient sortir. Cette gigantesque escroquerie, une pyramide de Ponzi avait failli être découverte par la SEC, l’autorité boursière de Wall Street, en 2015. Il aurait suffi que les inspecteurs vérifient les mouvements d’un compte dont Madoff leur avait donné le numéro. Mais Madoff avait bonne réputation, il avait lui-même fait partie des organes de régulation, et il avait le bras long. Les vérifications n’avaient pas été faites.

A l’automne 2008, la bourse s’effondre. Les investisseurs s’affolent et réclament le remboursement des sommes investies. Madoff s’emploie à les rassurer et à trouver de nouveaux gogos : la crise n’est qu’un orage passager, elle constitue une opportunité magnifique pour ceux qui voient loin, les performances passées de ses fonds montrent qu’on peut lui faire confiance.

Pourtant, ce 11 décembre, Madoff est en faillite. Il faut bien tout avouer : au dix-septième étage, un bureau secret, dirigé par un homme sans culture financière, Frank Dipascale (Hank Azaria), a fabriqué pendant des années des fausses écritures. Le 12 décembre, Bernie Madoff est arrêté par le FBI et mis en résidence surveillée sous bracelet électronique).

Pour sa femme, Ruth (Michelle Pfeiffer), c’est l’effondrement d’une vie. Elle a vécu dans l’opulence ; c’est la ruine et la pauvreté qui la menacent. Elle avait une admiration et une confiance totales en son époux ; elles volent en éclat. Et surtout, c’est sa famille qui est brisée.

En parlant le 11 décembre à ses fils, Bernie Madoff entendait les convaincre de mettre à l’abri quelques millions qui leur auraient permis de maintenir leur niveau de vie. Mais ne supportant pas ce dernier forfait, ce sont eux qui le dénoncent à la police. Ruth, Mark et Andie sont suspectés de complicité dans l’escroquerie organisée par leur père. Mark se suicidera par pendaison le 11 décembre 2010, deux ans jour pour jour après l’aveu de son père.

En prison, Madoff ne reçoit que deux visites : celles d’une journaliste qui recueille ses confidences jusqu’à cette ultime question « suis-je un sociopathe ? » ; et celle de Ruth jusqu’au jour où son fils Andie la met en demeure de choisir entre son fils et son mari.

Le film de Levinson se focalise sur le drame qui s’est joué entre Bernie Madoff, sa femme et ses enfants. Pendant des mois avant le drame, il a résisté à leurs demandes d’être mis au courant de ses affaires et d’y prendre des responsabilités. Il les a repoussées avec l’argument qu’ils seraient des incapables. En le dénonçant à la police, ils se vengent d’années de mensonge (« pour les protéger ») et de mépris.

La crise de 2008 a été vite oubliée. On se rappelle davantage de l’effondrement des tours jumelles que des employés de Lehman Brothers quittant le siège de leur entreprise en faillite. Pourtant, ses conséquences ont été ravageuses pour des millions de familles réduites au chômage. Il faudrait se rappeler qu’une faillite du système financier international reste possible, que peu de choses ont été faites pour accroître sa sécurité et que le président Trump entend au contraire réduire les règles qui nous en protègent.