Le Nom des Gens

 

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Le nom des Gens, film de Michel Leclerc, est une réjouissante comédie où il est question de secrets de famille, de patronymes, de jospinisme et, naturellement, de sexe et d’amour.

Bahia Benmahmoud (magistralement interprétée par Sara Forestier) tient de sa mère un tempérament extraverti et de solides obsessions de gauche. Tout le monde croit que son prénom vient du Brésil, mais elle insiste sur son origine algérienne. Le secret de la famille, c’est l’abus de mineure perpétré par le professeur de piano de Bahia lorsqu’elle était petite fille. Il y a aussi la vocation artistique refoulée du père de Bahia, son incapacité à trouver le bonheur autrement qu’en se sacrifiant pour les autres.

Arthur Martin – pas celui des cuisines – (excellent Jacques Gamblin) est un introverti passionné par son métier de chercheur en biologie spécialiste de la grippe aviaire. Le secret de la famille d’Arthur, c’est la déportation et la mort à Auschwitz des parents de sa mère. On ne sait rien d’eux si ce n’est qu’ils étaient juifs et venaient de Grèce. Le nom de Martin est une couverture commode qui rend opaque l’histoire de la famille.

La vocation que s’est inventée Bahia, c’est d’offrir son corps aux « fachos » de manière à soigner leur âme. La durée du traitement, dit-elle, dépend de l’épaisseur de leur « connerie », une dizaine de jours pour un Front National, un simple après-midi pour un Modem, beaucoup plus longtemps pour un Islamiste fanatique. Sa relation avec Arthur est d’une autre nature. L’homme politique qu’Arthur adore est Lionel Jospin, il n’y a donc pas à le convertir. Bahia fera à Arthur un magnifique cadeau d’anniversaire : après une soirée à rebondissements avec les deux familles, c’est Lionel lui-même qui sonne à la porte !

Tout semble opposer Arthur, qui se camoufle derrière son nom franchouillard et Bahia, qui revendique fièrement son nom métèque, lui quadragénaire bourgeois et professionnel reconnu, elle adolescente attardée passant d’un petit boulot à l’autre. Dans le métro, elle avise deux vieillards qui s’approchent de la rame à tout petits pas alors que les portes se ferment. Elle ne supporte pas cette injustice, empêche la fermeture des portes, insulte le conducteur. Il la dévore du regard, frappé par le coup de foudre, et l’embrasse avec passion.

Le Nom des Gens emprunte à « Amélie Poulain » le style du récit tout en humour du passé des Martin et Benmahmoud, et à « Gainsbourg vie héroïque » les dialogues entre les personnages en des moments différents de leur vie. C’est un film tendre et drôle, un bon moment de cinéma.

Photo du film « le Nom des Gens ».