Le Portugal : d’où vient-il ? où va-t-il ?

Le Portugal se prépare à fêter le quarantième anniversaire de la révolution des œillets du 25 avril 1974. A cette occasion, le quotidien Público a publié, sur plusieurs numéros, une enquête statistique et des reportages sur les changements survenus depuis quarante ans.

 Le Portugal est un pays méconnaissable. En 1973, c’était un pays agricole ;  un pays jeune (plus d’un quart des 8.6 millions d’habitants avait moins de 15 ans) ; un pays frappé par un terrible taux de mortalité infantile (44.8‰) et un taux d’analphabétisme considérable (20% pour les hommes, 31% pour les femmes). Le chômage était pratiquement inconnu, parce que le marché intérieur était très protégé, à cause de la conscription rendue nécessaire par les guerres coloniales depuis 1961 et en raison de l’émigration d’environ 1 million de personnes entre 1964 et 1974 (dont 81% vers la France).

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Le taux d’analphabétisme est aujourd’hui de 3.5% pour les hommes et 6.8% pour les femmes. Le taux de mortalité n’est plus que de 3,4‰. Le produit intérieur brut par habitant a plus que doublé, passant de 7.220€ en 1973 à 15.067€ aujourd’hui. En quarante ans, près de 4.000km d’autoroutes ont été construites. Près de 15% des jeunes vont à l’université.

 La population s’est accrue, et compte aujourd’hui 10.5 millions d’habitants. Cette population a vieilli : les moins de 15 ans n’en représentent plus que 15%, et les plus de 65 ans sont maintenant 2 millions, soit près de 20%.

 Le Portugal a clairement bénéficié de son intégration dans l’Union Européenne. Mais à mesure que celle-ci s’est élargie à des pays d’Europe centrale à faibles salaires, son économie est devenue moins compétitive. Le taux de chômage était de 1.4% en 1973 et de 5.5% en 1993. Il est aujourd’hui de 15.6% L’Etat a longtemps servi de pare-choc. La dépense publique est passée de 20% du produit national brut en 1973 à 49% aujourd’hui. Mais la dette publique représente aujourd’hui cinq trimestres de PIB, et une violente cure d’amaigrissement est en cours. La population subit donc le choc de la mondialisation avec une protection étatique amoindrie.

 La reprise se fait attendre. Contrairement à l’Irlande, le Portugal ne peut compter sur des entreprises internationales implantées sur son sol comme base de conquête du marché européen. Son économie reste marginale et orientée sur des activités de main d’œuvre. Un vrai moteur serait une forte croissance en Espagne, pays qui absorbe le quart des exportations, mais les bonnes nouvelles se font attendre.

 « Dans un pays où l’on ne rêve pas, émigrer est naturel », observe dans Público un professeur de sciences sociales. Le taux d’émigration dépassé en 2013 son niveau de 1973 (11.5‰ contre 9.2‰ il y a quarante ans). Le Portugal, qui était devenu un pays d’immigration dans les années 1990, a désormais un solde migratoire négatif.

 L’émigration est toutefois différente aujourd’hui de ce qu’elle était autrefois. Ce sont des jeunes qualifiés qui quittent le pays. D’un certain point de vue, c’est un drame pour le pays, qui a investi pour leur éducation et qui perd des ressources humaines précieuses. Cela peut être aussi une chance. Comme d’autres pays d’une dizaine de millions d’habitants (par exemple les Pays-Bas), le Portugal est ouvert sur le monde. Les habitants pratiquent aisément les langues étrangères. Si l’émigration massive de jeunes Portugais vers des pays européens, vers le Brésil et le Cône sud de l’Afrique est transitoire ; si elle stimule les relations économiques des nations d’accueil avec leur pays d’origine ; alors elle pourrait constituer, à moyen terme, un phénomène bénéfique. Le pays se soulagerait dans l’immédiat du poids social et culturel du chômage et s’ouvrirait de nouvelles opportunités de développement dans l’économie mondialisée.

 Le sort du Portugal n’est pas sombre. Il est, pour le moment, indécis.

Image du Portugal il y a quarante ans

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