Le principe de Pauline

« Le principe de Pauline », dernier roman de Didier van Cauwelaert, brode sur le thème classique du ménage à trois, mais avec une histoire originale, des personnages attachants et beaucoup d’humour.

 Maxime de Pleister est un grand gaillard extraverti, à l’aise avec tout le monde, combinard, sanguin, avec le tutoiement et l’argot faciles. En 1993, il est le garde du corps et le factotum d’un politicien véreux au bras long. Accusé de meurtre, il purge sa peine à la maison d’arrêt de Saint-Pierre-des-Alpes.

Didier van Cauwelaert

Didier van Cauwelaert

Maxime a vécu avec Pauline Sorgues, une jeune femme de 21 ans passionnément amoureuse de lui. Il a lu le premier roman d’un jeune auteur parisien, Quincy Farriol, « l’énergie du ver de terre ». Quincy est tout l’inverse de Maxime : intraverti, loser plus que battant, il est doté d’un solide sens de l’autodérision. Lorsque Pauline lui dit « j’ai hâte de vous connaître, je vous ai lu », il observe que les deux lui paraissent un peu contradictoires.

 Au prétexte de lui décerner le prix littéraire de la maison d’arrêt, Maxime a le projet de jeter Quincy dans les bras de Pauline pour la faire patienter jusqu’à sa libération, une sorte d’amour-relais. Cela tombe bien. Pauline ne croit pas que l’amour soit sa propre finalité. Son principe est que « l’amour, ça sert à fabriquer de l’amitié. » L’amitié pour elle englobe « l’amour, le plaisir, la confiance, le respect, l’interdit ». Et elle dépasse l’horizon du couple.

 Le roman couvre 20 ans, pendant lesquels Maxime libéré de prison devient un entremetteur de haut vol de la Chiraquie, Pauline acquiert à Oxford une expertise en sécurité informatique et Quincy échoue à devenir un romancier connu. Pauline considère Maxime et Quincy comme ses amis, l’aristocrate qu’elle épouse étant réduit au rôle de père de son enfant. Avec eux, elle enterre sa vie de jeune fille. C’est eux qu’elle appelle à son chevet lorsqu’elle est victime de violence conjugale.

 Quincy reste des mois et des années sans nouvelles de Pauline. Il sait que Pauline ne lui appartient pas, ou bien qu’elle appartient à lui mais aussi à Maxime. Pourtant, il l’attend. Se pourrait-il qu’un jour une vie ensemble soit possible pour Quincy, Pauline et Maxime ?

 Le roman de Van Cauwelaert se lit avec plaisir. Les personnages ont assez d’épaisseur pour échapper au marivaudage. L’humour est pourtant présent d’un bout à l’autre du livre. Je ne résiste pas au plaisir de citer le dialogue entre Aymeric de Vernoille, le fiancé de Pauline et Maxime de Pleister :

 « – D’où venez-vous ? demande Maxime. – Bourgogne. La Côte de Nuits. Et vous ? – Poitou Charentes, la MC Saint Martin (…) Vous ne connaissez pas ? – Non, je l’avoue, c’est de quel côté ? – l’Ile de ré – J’adore, j’y ai passé des vacances. – Moi aussi. En fait, je sors de centrale. – Ingénieur ? – Détenu ».