Le Promeneur d’oiseau

Un film réalisé par un Français en Chine avec des acteurs chinois : rien que pour cela, « le promeneur d’oiseau » mérite l’intérêt. C’est aussi un beau film.

 Réalisé par Philippe Muyl dans le cadre d’un accord de coproduction franco-chinoise, « le promeneur d’oiseau » raconte la métamorphose de Renxin (Yang xin yi), une petite fille gâtée de la nouvelle haute bourgeoisie chinoise au contact de son grand-père Zhigen (Li bao tian).

Li Bao tian et Xin yi yang dans "le promeneur d'oiseau"

Li Bao tian et Xin yi yang dans « le promeneur d’oiseau »

Renxin est la fille de Chong yi (Qin hao), l’un des architectes les plus en vue de Chine et de Qianing (Li xiao ran), une femme pressée que les affaires amènent à voyager jusqu’à Paris. Renxin a une douzaine d’années. C’est une surdouée, dans ses études comme au piano et à la danse. Elle classe les gens selon qu’ils possèdent le dernier modèle d’i-pad on de vieux « fossiles ».

 Dans l’urgence, Qianing confie Renxin à son beau-père. Vu de Beijing, celui-ci est plus un looser qu’un winner. Il a quitté la campagne du Guang xi, au sud de la Chine, pour monter à la capitale comme ouvrier du bâtiment. Il a une passion pour les oiseaux, en particulier pour l’un d’entre eux qu’il a reçu en cadeau de sa femme. Celle-ci est morte il y a quelques années, et il lui a promis de revenir au village libérer l’oiseau.

 Zhigen profite de la présence de sa petite fille pour faire avec elle son retour au village. Les débuts du voyage sont difficiles : Rexin n’accepte pas de quitter sa mère, son monde et d’être confiée à un ringard. Et puis une panne d’autocar vient tout compliquer. Mais peu à peu, des expériences formidables se présentent à la fillette : caresser un buffle, passer la nuit dans une grotte réchauffée par un feu de bois, cueillir du riz avec des petites paysannes de son âge, parler de sa grand-mère. Je suis moi-même un oiseau en cage, finit-elle par avouer à son grand-père : laisse-moi voler encore un peu !

 C’est une belle histoire que raconte Philippe Muyl. Dans le film, tout est beau : les paysages (rizières en terrasses accrochées à des pains de sucre), les villages, les enfants, les adultes, les vieux. La transhumance de Renxin de sa cage dorée pékinoise au paradis vert est touchante. Les acteurs, en particulier la petite fille Li xiao ran et le grand-père Li bao tian.

 Le film n’est pas exempt de critique : la désunion des parents réconciliés par le stratagème oiselier de leur petite fille n’est guère crédible ; la grande ville est aussi efficace que le village est idyllique, et les contradictions de la Chine d’aujourd’hui sont totalement gommées. Il reste que le principe même d’une coproduction franco-chinoise est intéressant. Philippe Muyl dit qu’il a dirigé ses acteurs chinois à l’européenne, en leur demandant de ne pas « sur-jouer » leur personnage ; il a choisi une bande sonore totalement occidentale. Les producteurs sont toutefois persuadés que le film sera un succès commercial en Chine comme en France.

 Ce que l’on retient au final du « Promeneur d’oiseau », c’est une très grande poésie. Le spectateur passe là un doux moment.

Li Baotian, Xin Yi Yang