Le tour de vis de la politique pénitentiaire Tory

Le ministre britannique des prisons et de la réhabilitation vient d’annoncer un changement d’orientation dans la politique pénitentiaire : certains privilèges seront désormais soumis à la condition que le détenu participe activement à sa réhabilitation.

 Dans le cadre d’un réexamen de la politique pénitentiaire demandée par le ministre britannique de la justice Chris Grayling, le ministre des prisons et de la réhabilitation Jeremy Wright vient d’annoncer un durcissement de la politique pénitentiaire.

 Pendant les deux premières semaines de leur détention, les détenus devront porter l’uniforme de la prison. Des privilèges comme regarder la télévision pendant la journée ou aller en salle de sport seront conditionnés à l’engagement du détenu dans un programme de réhabilitation, en particulier par le travail (avec des journées plus longues qu’aujourd’hui) ou la formation.

 Il n’y a pas de doute que cette position correspond aux préjugés de nombreux électeurs conservateurs. Ils considèrent que l’entrée en détention doit constituer un choc salutaire ; ils pensent que les conditions de détention sont trop clémentes, qu’il est injuste que les détenus se prélassent à regarder Sky Sport (en réalité, ce service n’est accessible, contre paiement, que dans les prisons privées) pendant que d’honnêtes travailleurs souffrent de longues journées de travail. On se rappelle de la polémique sur les « prisons cinq étoiles » en France : les idées reçues prospèrent des deux côtés de l’English Channel.

 L’imposition de l’uniforme pendant les deux premières semaines de détention ajoutera au stress vécu par ceux qui viennent d’être arrêtés, dont on sait que la probabilité qu’ils se suicident est élevée. Elle fait bon marché de la présomption d’innocence, en marquant les prévenus du sceau d’infamie des condamnés.

 Le ministre insiste sur l’engagement actif des détenus dans leur réhabilitation. Des avantages leur seront retirés et ne leur seront restitués que s’ils participent activement à des opportunités de travail ou de formation. Mais cette vision semble entachée d’une méconnaissance de la réalité de la prison. Beaucoup de personnes incarcérées souffrent de problèmes personnels lourds qui rendent hypothétique l’engagement demandé ; et surtout, la surpopulation pénale et la disette budgétaire sont telles que l’offre de travail et de formation est inférieure à la demande.

 Dans The Guardian du 1er mai, Zoe Williams écrit joliment : « si les prisons sont des dépôts de personnes pas bonnes, la rhétorique politique sur les prisons est un dépôt d’idées pas bonnes ». Elle s’attaque en particulier à l’idée tory de privatiser au maximum les prisons. Le moyen le plus économique de garder un détenu, dit-elle, c’est de l’enfermer 23 heures sur 24 et de l’abrutir avec de la télévision. Travailler vraiment à la réinsertion du détenu (ou à sa réhabilitation – au rachat de ses fautes – selon la terminologie tory) implique un investissement auquel le secteur privé, dont la motivation est le profit, est nécessairement allergique. Elle souligne que quatre groupes multinationaux gèrent la majorité des prisons privées dans le monde : G4S, Serco, GeoAmey (en charge de Guantanamo) et MTC. Elle invite à une observation de leurs pratiques à l’échelle internationale, et cite l’exemple d’un manuel d’instruction de ses gardiens par Serco en Australie qui conseille l’usage de techniques frappantes entraînant une dysfonction motrice pour venir à bout de comportements indociles.

(Illustration : dessin de Matt Kenyon pour The Guardian)

Prisonniers en uniforme dans le film "from now on" dans les années vingt

Prisonniers en uniforme dans le film « from now on » dans les années vingt