L’école en prison

Dans « L’école en prison, une porte de sortie » (Éditions du Rocher, 2017) Cécile de Ram et Sylvie Paré témoignent de leur expérience d’enseignantes en prison.

Les auteures enseignent à la Maison d’arrêt de Nanterre. Elles scolarisent environ 140 détenus adultes (environ 15% de l’effectif) et les 17 jeunes incarcérés au quartier mineur. Elles insistent sur la grande différence entre ces deux populations. Les adultes viennent aux cours volontairement ; pour les jeunes, c’est la scolarisation obligatoire.

L’enseignement au quartier mineur est particulièrement ardu. C’est une contrainte qui, pour les jeunes, s’ajoute aux contraintes de l’enfermement. Et le public lui-même est compliqué : l’incarcération d’un mineur n’est en effet prononcée que si les actes qu’il a commis sont particulièrement graves, et le plus souvent à la suite d’un parcours d’établissement fermé en établissement plus fermé encore.

Une vision étriquée sur le monde

« Les mineurs sont un public difficile. Difficile d’abord parce qu’ils sont des adolescents. La détention est dure pour les jeunes, à un âge où ils grandissent encore, où ils sont pleins de vitalité et théoriquement habités par des projets de vie. Ils se retrouvent entre quatre hauts murs, contraints, avec une vision étriquée sur le monde. »

Les enseignantes sont parfois confrontées à une réaction déroutante des familles : certaines sont soulagées par l’incarcération, elles savent enfin où le jeune se trouve et n’ont plus à redouter ce qu’il va faire !

Cécile de Ram et Sylvie Paré évoquent le profil psychologique de ces jeunes délinquants : pour eux, « dans la petite enfance, la protection et les paroles aimantes ont fait défaut (…) Ils vivent dans une série d’instants et ne savent pas différer. Ils ne supportent pas la frustration. Ils ne sont pas dans le temps construit. »

Aider à prendre du recul

« En prison, écrivent-elles, le passage à l’acte est immédiatement sanctionné (…) Dans ce lieu d’enfermement, on est davantage dans « action – réaction » que dans « action – analyse – médiation – évolution ». Un rôle de l’école est de les aider à prendre du recul, et peut-être à saisir peu à peu le sens de la peine qui leur est infligée.

« Échec scolaire, instabilité, consommation de toxiques, image dévalorisée de soi, absence de motivation, fatigue et gestion des problèmes liés à l’incarcération, écarts d’âge : voici les ingrédients avec lesquels nous devons composer lorsque nous entrons en classe. » Un point fort de l’école, comme l’appellent les détenus, jeunes et adultes, c’est l’atmosphère de liberté qui s’en dégage : « les détenus apprécient la gaieté qui règne dans notre couloir. Ils nous disent que venir à l’école est pour eux un rayon de soleil, une bulle d’oxygène où les rapports humains sont normaux, dénués d’agressivité. »

Avec les adultes, c’est l’hétérogénéité qui caractérise le groupe scolaire : les élèves ont des âges différents, des histoires personnelles et des parcours professionnels multiples. « L’hétérogénéité fait partie du charme de l’enseignement en prison mais est aussi une occasion pour les élèves de vivre ensemble avec leurs différences : s’écouter, respecter la parole de l’autres, avancer ensemble. »

Sylvie Paré et Cécile de Ram

Empathie

Les enseignantes assistent parfois, désolées, au décrochage d’un élève, à sa déchéance. « Ce n’est jamais facile de s’avouer qu’on a échoué, mais il faut l’admettre. »

Ce qui aide à tenir, c’est l’empathie. Sylvie raconte ainsi ses débuts. « La première année, lorsqu’ils parlaient entre eux, je ne comprenais pas un mot. C’était pour moi réellement une langue étrangère : un mélange de verlan, de quelques mots d’arabe, d’argot… Je leur ai demandé de me l’apprendre, et en contrepartie, je leur ai appris ma langue. »