L’emprisonnement à la criée

J’ai eu l’occasion récemment de rencontrer l’équipe des visiteurs de la maison d’arrêt de Niort. Ils m’ont raconté une expérience originale : comment des crieurs de rue ont mis la prison en scène sur une place de la ville, le 19 novembre 2014.

La maison d’arrêt de Niort a une capacité de 66 places. Elle a été mise en service en 1853. Elle est située derrière le palais de justice de la ville. Elle a été construite selon le principe « panoptique » décrit par Michel Foucault dans « surveiller et punir » : les cellules sont placées en éventail, de sorte que du point central il est possible d’observer l’ensemble de la détention. Le bâtiment a été classé au registre des monuments historiques le 14 avril 1987.

Une maison d’accueil des familles a été ouverte en 1986 par plusieurs associations. La localisation en centre-ville facilite les visites aux détenus par leurs proches.

Le 19 novembre 2014, dans le cadre des journées nationales des prisons, a été organisée sur la place du marché de Niort un événement destiné à faire connaître aux passants la réalité carcérale. Ils côtoient la prison, mais ignorent ce qui se passe à l’intérieur.

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Les citoyens crieurs de Niort

De point de vue visuel, une maquette de cellule en taille réelle avait été installée. « Taille réelle » signifie 9m², deux lits superposés, une table, une chaise, du linge suspendu à une ficelle : un mouchoir de poche…

L’Amicale des Citoyens Crieurs déclamait des textes. Comme chaque samedi, la séance de criée commençait par un son de cloche et une chanson. Certains textes apportaient des informations sur la maison d’arrêt de Niort. D’autres consistaient en témoignages ou en poèmes sur la vie carcérale. En voici une sélection.

« Mesdames et Messieurs, Ce matin ne passez par la case départ, ne touchez pas 20 000 euros mais allez directement à la case Prison ! Ce matin, nous vous invitons à un bref séjour en cellule ! C’est sur place ! C’est pas du « palace 4 étoiles » ni les « oubliettes du donjon de Niort » ! C »est du sur mesure … du 3m sur 3 !

Entrez, entrez, ne vous faites pas prier ! C’est pour une simple visite ! »

    « Le mur sépare, marque la frontière, divise.

Le mur enferme le prisonnier dans un jeu

Où la société se défend de lui,

Pour éviter qu’il ne continue à s’attaquer à elle.

A Niort, vous le voyez le mur, c’est juste derrière le Palais de Justice, à deux pas d’ici. »

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Emmanuel Touron, journaliste a écrit : « L’implantation de la maison d’arrêt dans le centre-ville, non loin de l’hôpital, permet aux soignants psy d’intervenir à temps partiel et d’être présents tous les jours de la semaine. Une petite unité d’incarcération permet aux détenus et aux surveillants de se connaître et de se reconnaître. L’autorité peut être bienveillante et faciliter un travail d’intériorisation de la loi symbolique. »

Et puis ce poème des enfants du temps perdu :

« Vois les enfants du temps perdu

Longeant les hautes murailles,

Laissés pour compte, détenus,

Ombre de vie qui déraille,

Marchant hors de leur sentier

Exclus d’un monde sans pitié,

Muré de l’incompréhension,

Barreaux, murs, seuls horizons,

Vois les enfants du temps perdu,

C’est ici qu’ils naissent exclus … »

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