L’enchantement du fado

Lors de notre récent séjour à Lisbonne, nous avons eu la chance d’assister à un concert de Fado dans l’une des meilleures salles de la ville, le restaurant Senhor Vinho.

Je suis venu de nombreuses fois à Senhor Vinho lorsque je travaillais à Lisbonne. J’y amenais des clients portugais ou des collègues d’autres pays. Musiciens et chanteurs ont changé depuis ma dernière visite il y a sept ans, mais le principe reste le même. Le service du restaurant commence vers 20h. A partir de 21h30, il s’interrompt chaque demi-heure. Les lumières sont abaissées, le silence se fait, les trois guitaristes et la chanteuse prennent place au milieu des tables. 140506_Fado5

Le fado m’ensorcelle. D’où vient cet enchantement ? Je pense qu’il nait d’une contradiction interne à cette forme d’expression musicale. Tout y est contenu, limité, comme comprimé : l’accompagnement limité à trois guitares ; le noir de la robe et du châle de la chanteuse ; ses mouvements réduits au minimum, à l’opposé de la furia du flamenco.

 Pourtant, il se dégage du chant une force surprenante : la voix est puissante ; le visage exprime toutes les nuances de la joie et de la douleur (la « saudade », nostalgie) ; les guitaristes construisent un rythme autour duquel ils tissent mille variations mélodiques.

 Le fado apparaît comme l’expression d’un peuple opprimé, peu sûr de lui, intraverti. Mais c’est aussi le chant de navigateurs qui ont découvert des mondes nouveaux, de millions d’émigrants partis en France ou ailleurs sans autres biens que leurs muscles et une volonté sans faille, des protagonistes de la révolution des œillets qui, il y a quarante ans, renversait la dictature.