Les lendemains qui chantent des Travaillistes

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La couverture du programme du Parti Travailliste britannique pour les élections du 6 mai occasionne un choc : on se croirait retourné aux lendemains qui chantent de l’Union Soviétique et au grand bond en avant chinois.

Une famille avec deux jeunes enfants contemple le lever d’un immense soleil portant l’inscription « a future fair for all », un avenir juste pour tous. Ils ne sont pas représentés dans un quartier de bureaux, dans une zone industrielle ou au centre d’une ville, mais dans un paysage de campagne. La couverture du « manifeste » du Parti Travailliste nous prend à contre-pied. Si la connotation rustique peut faire penser à la « force tranquille » de Mitterrand en 1981, le style graphique est sans l’ombre d’un doute directement inspiré du réalisme socialiste, celui de l’Union Soviétique avant guerre, celui de Mao ensuite.

Les spécialistes de la communication du Parti Travailliste ne sont pas des novices. Ils ont certainement voulu ce style rétro. Pourquoi ? Pour paraphraser Paris Match, leur intention a sans doute été de contrebalancer le poids des mots par le choc de l’image. Les mots du programme parlent d’approfondir les réformes initiées par Tony Blair, en commençant par l’administration publique. Ils ont de quoi faire fuir l’électorat populaire – le Parti Socialiste en a fait l’expérience en France. Il faut donc fixer l’électorat populaire, pour éviter qu’il ne manifeste sa déception en donnant ses voix à l’extrême droite ou aux Conservateurs. L’utilisation de la bonne vieille imagerie communiste est une grosse ficelle, mais elle peut marcher. Le message qu’elle donne est en quelque sorte celui du Guépard : tout changer pour que rien ne change !

Photo : The Guardian, illustrant un article de Oliver Burkeman le 13 avril.