L’enseignement des langues en crise en Grande Bretagne

Dans The Guardian du 17 août, Daniel Boffey relate la crise de l’enseignement des langues modernes dans les Universités Britanniques.

 Le nombre d’universités britanniques proposant des diplômes en langues étrangères est tombé de 105 en 2000 à 62 aujourd’hui, et pourrait encore se réduire de 40% dans les 10 prochaines années.

 Ce déclin est aussi perceptible au niveau équivalent au baccalauréat français (A-level), en partie à cause du faible nombre d’enseignants en langue diplômés de l’université. Cette année par exemple, 11.272 élèves étudiaient la langue française, 10% de moins qu’il y a un an et 50% de moins qu’il y a dix ans.

Le gouvernement britannique s’émeut de cette situation. Elle est préoccupante en particulier pour la diplomatie : seulement 3% des fonctionnaires européens sont britanniques, alors que les Britanniques représentent 11% de la population de l’Union.

 À terme, elle menace la position de la Grande Bretagne à l’export. Une professeure de français dénonce le mythe que le reste du monde parle l’anglais et que les Britanniques n’ont pas à s’ennuyer à apprendre d’autres langues. « Si vous travaillez pour la Compagnie de Suez ou la Lyonnaise des Eaux, dit-elle, et que nous ne parlez pas un mot de français, vous n’irez pas très loin. Vous lirez des compteurs d’eau mais vous ne managerez pas d’équipes. » Je confirme cette opinion. Ayant travaillé dans une multinationale française dont la langue officielle est l’anglais, j’ai observé qu’à court terme, les anglophones disposent d’un avantage dans les réunions internationales. Ils ont plus de facilité que les autres pour comprendre ce qui se dit et intervenir. Mais à l’heure de prendre des positions de responsabilité hors de leur pays, l’apprentissage du français est implicitement requis.

 Comment expliquer le déclin de l’enseignement et de l’apprentissage des langues étrangères en Grande Bretagne ? La cause principale est la position dominante de l’anglais dans le monde des affaires comme dans le tourisme. Pourquoi s’infliger la peine d’un long et pénible apprentissage lorsque, où que l’on aille, les étrangers s’expriment dans votre langue ?

 Il y a aussi, incontestablement, la montée de l’isolationnisme, qui va de pair avec celui du parti nationaliste UKPI et du sentiment antieuropéen. Un responsable de la British Chamber of Commerce dit qu’il lui semble que l’on tourne le dos à l’internationalisme britannique.

Dans The Guardian du 18 août, David Bellos relève le paradoxe de cette situation. Londres est devenue la capitale de la diversité linguistique : on y entend parler l’hindi et l’italien, le lithuanien et l’espagnol. Et pourtant, leurrés par le fait que leur langue est devenue aux temps modernes ce que le latin était au Moyen-Age, les Anglais deviennent un peuple monolingue. « Une société monolingue en Grande-Bretagne ne risque pas plus d’avoir du succès que celles de la jungle amazonienne ou de Nouvelle Guinée, écrit Bellos. Les classes supérieures continueront probablement à cultiver les langues, parce que les élites savent comment se reproduire (le Cabinet actuel est les plus polyglotte de l’histoire récente). »

Mais le déclin de l’enseignement linguistique dans l’ensemble de la population est préoccupant pour l’avenir.

 Photo The Guardian