Les adieux à la Reine

Arte TV a récemment diffusé « Les adieux à la Reine », film de Benoît Jacquot (2012), qui a pour cadre le palais de Versailles les 14 juillet 1789 et les jours qui suivirent.

Sidonie Laborde (Léa Seydoux) fait partie de la domesticité de la Reine Marie-Antoinette (Diane Kruger). Sa fonction : lectrice. Elle suggère des livres à la Reine et en lit quelques pages. Il arrive qu’elles lisent du théâtre à deux voix.

Dans la nuit du 15 juillet 1789 arrivent au palais des nouvelles angoissantes : la Bastille a été prise d’assaut par les émeutiers, des soldats ont été massacrés, le commandant a été décapité. Une liste de personnes à abattre circule. « L’Autrichienne » est en première place ; un sosie de son amante, Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen), a été assassiné à Paris.

C’est le sauve-qui peut. La Reine prépare sa fuite vers Metz et fait ses bagages. Son projet est contrarié par le Roi, qui décide de pactiser avec les révolutionnaires, de rappeler le premier ministre Necker et de rester à son poste.

Marie-Antoinette se résigne à rester à Versailles, mais entreprend de sauver Polignac. Sidonie, habillée en princesse, partira avec les époux Polignac, déguisés en valets. Elle doit se résoudre aux adieux à la Reine, qu’elle idolâtrait. Elle s’était habituée à vivre dans la lumière ; elle replonge dans l’obscurité.

La dialectique de l’ombre et de la lumière est au cœur du film de Benoît Jacquot. Versailles est comme un phare qui attire les courtisans, mais aussi les petites gens qui trouvent à s’y employer. Sidonie est fascinée par la personne de Marie-Antoinette, qui se trouve au centre de la scène ; elle ne parvient pas à comprendre la haine dont la Reine est l’objet hors du palais. Hors du palais, c’est le monde obscur du peuple qui, du fait de la crise économique, souffre de la faim.

Dans la nuit du 14 au 15 juillet, famille royale et courtisans errent, une bougie à la main, dans un couloir obscur. Le système-palais fonctionnait comme si rien ne pouvait l’altérer. Sidonie ne peut s’imaginer qu’en quelques jours elle sera arrachée à ce monde qui l’a adopté et qui, maintenant, fait naufrage.