Les Don Quichotte de l’espoir

Dans « les Don Quichotte de l’espoir » (Éditions Glyphe, 2016), Philippe Le Pelley Fonteny rassemble des témoignages de petits frères des Pauvres qui rencontrent des personnes détenues à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes.

L’ouvrage est préfacé par Robert Badinter, qui considère la mission des bénévoles qui vont dans les prisons comme essentielle. « Oui, aller au-devant des détenus, c’est l’un des témoignages de solidarité humaine les plus forts qui soient. Cela demande de prendre de son temps, du temps que l’on consacre à ceux que l’on aime, pour le passer avec des inconnus ».

Isabelle Géry, lieutenant à l’Établissement public de santé national de Fresnes, va dans le même sens : « Un être prisonnier, c’est avant tout un être humain avec ses forces et ses failles, un être unique, peut-être un parent, un être en souffrance, quelqu’un qui a été un nourrisson puis un enfant, un être déconstruit ou qui n’est jamais parvenu à construire sa personnalité faute de soutien, d’amour, faute d’un étayage parental ou amical suffisamment solide pour connaître, ou seulement approcher, un sentiment de plénitude (…) C’est à travers la rencontre avec les bénévoles que les personnes incarcérées parviennent à gratter, dans l’espoir de la rompre, la dure écorce de leur solitude et de leur exclusion. »

Pages de « Les Don Quichotte de l’espoir »

Don Quichotte

Depuis 2001, les petits frères des Pauvres visitent des détenus hospitalisés. Aujourd’hui, dit l’auteur, une équipe de huit bénévoles formés et encadrés assure des visites hebdomadaires à l’hôpital pénitentiaire de Fresnes et à l’UHSI (Unité d’hospitalisation sécurisée interrégionale) de La Pitié – Salpêtrière.

Le mot « Don Quichotte » évoque une geste magnifique, mais finalement dérisoire. Plusieurs histoires racontées dans ce livre dénotent un sentiment d’impuissance : un détenu possédé par la colère, qui ne rêve que de vengeance ; un autre que la parole du petit frère ne délivre pas de son envie de suicide.

Un témoignage m’a particulièrement touché. « La plus belle des détenues jusque là visitées. Voilà comment vous m’êtes apparue lors de notre première entrevue. Vous dégrisiez votre cellule par votre grâce, votre féminité, votre sensualité. » Marie se bat pour obtenir sa libération. Elle n’en peut plus de la prison. « Mon Dieu… Tant de douceur, de grâce, de sensualité, de vitalité… étouffées, confinées, comprimées. Vous m’êtes apparue alors si infiniment précieuse. Si infiniment fragile. » Et puis la libération obtenue. « T’as retrouvé Belleville. Oui. Et ses cafés. T’as retrouvé La Villette. Oui. Et ses dealers. De la prison réalité à la prison artificielle. Opiacée. »

Philippe Le Pelley Fonteny

Un baisser de rideau abrupt

À l’hôpital pénitentiaire, les petits frères portent un trousseau de clé et peuvent ainsi passer de chambre-cellule en chambre-cellule. Une visiteuse ne supporte plus de porter les clés, car si elles permettent d’ouvrir, elles servent aussi à enfermer. « Là, le clic-clac qui clôt nos entrevues, ce cliiiic claaaac métallique, massif, brut et sec, que j’actionne de mon propre chef, retentit dans le vide, insensible, indifférent, impassible. Comme une tombée du jour, soudain. Comme un baisser de rideau, abrupt. »

Régis, le petit monsieur, est décédé peu avant 17 heures. « C’est inhabituel comme situation : aucune famille à contacter dans son dossier, seulement une lettre vous désignant comme personne de confiance. » Et voici Delphine, la visiteuse de Régis, chargée d’exécuter ses dernières volontés : retourner à la mer. Et Delphine de constater tristement que Régis n’était, « de l’autre côté des barreaux, plus rien. Pas même un numéro d’écrou. Inconnu. Même plus un frère. Pas même un fils. Oublié. Jamais né. Inexisté. »