Les enfants du terril

France 2 a récemment diffusé un documentaire de Frédéric Brunnquell : « Enfants du terril, vivre malgré la misère ».

Loïc, 15 ans, vit avec son frère Théo (10 ans) et sa mère Patricia dans le quartier « 12 – 14 » de Lens. C’était autrefois le lieu de vie des mineurs de charbon. Loïc se souvient encore d’une communauté animée, avec des barbecues, une ambiance joyeuse. Maintenant c’est mort, dit-il. La caméra montre des maisons délabrées et éventrées, des terrains vagues.

« Je ne sais pas pourquoi la vie est comme ça, dit Loïc, je me pose mille questions. » Sa vie est faite de barrières qui l’empêchent d’avancer. Il y a la misère, celle que décrit bien son petit frère quand il parle des repas : pâtes, pâtes, pâtes, frites, frites. Il y a aussi la peur qui le prend au ventre quand il se rend au collège. Il s’est fait agresser violemment et est sans cesse victime de l’hostilité de ses camarades. Ceux-ci ne supportent pas qu’il s’assume comme homosexuel. « Le collège c’est cruel ; pour moi, c’est l’enfer », dit Loïc. Les efforts de la directrice pour lui donner une énième chance n’aboutissent pas. Loïc va sortir du système éducatif.

Le contraste entre Loïc et son petit frère Théo est frappant. Celui-ci semble croquer la vie à pleine dents. Il est amoureux d’une ravissante Valéryane qui accompagne son père au stade de Lens et se rêve footballeuse professionnelle. Théo est conscient de la différence : il n’a pas de papa et personne ne l’emmène au stade. Il joue seul, dans le salon de la maison, à un jeu de football virtuel. Mais il s’accommode de la situation et rêve du jour où il gagnera assez d’argent pour en donner beaucoup à sa maman, au moins 60 euros.

Loïc, lui aussi garde espoir. Pour desserrer l’étau qui l’emprisonne, il gravit le terril. « Le poids – l’école, la vie privée – que j’ai sur le cœur, c’est comme s’il partait dans le vent, avec la vue ».

« Enfants du terril » a déchaîné des réactions violemment hostiles. La ville de Lens dénonce un « documentaire à charge », ignorant les efforts consentis pour réhabiliter le quartier 12 – 14. Un téléspectateur dénonce « une caricature parisianiste sur la jeunesse et le bassin artésien ». D’autres estiment que le film est humiliant pour la région et ses habitants.

Je ne suis pas lensois et je ne vis pas des allocations. Mais ce qui m’a frappé dans ce film, c’est au contraire la grande dignité des personnages, les enfants bien sûr mais aussi leur mère qui, bien que vieillie par les épreuves, n’abandonne pas l’espoir, pour eux, d’un avenir meilleur.