Les montagnes russes de la démocratie italienne

Quatre mois après avoir recueilli les voix de près d’un électeur sur quatre aux élections parlementaires et sénatoriales, le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo a réalisé un score de 2% aux élections municipales.

 La presse française a peu commenté les élections municipales qui viennent de se dérouler en Italie. Elle a surtout souligné le retour du Parti Démocrate à la mairie de Rome, conquise par la droite il y a cinq ans.

 Il faut dire que le processus est complexe. Seule une partie des conseils municipaux était mise au vote. Les élections dans le Frioul et en Sicile avaient lieu à des dates différentes que dans les autres régions du pays, et le second tout en Sicile aura lieu les 23 et 24 juin.

 Pourtant, les résultats sont clairs. Il y a deux vainqueurs, l’abstention et le Parti Démocrate. Il y  trois perdants, le Parti des Libertés, la Ligue du Nord et surtout le Mouvement 5 Etoiles, le parti « Internet » de l’ancien comique Beppe Grillo.

 Le centre gauche l’emporte dans 53 des 94 principales villes ; le centre droit, dans 14 villes ; le Mouvement 5 Etoiles dans 2 villes. A Rome, Ignazio Marino (Parti Démocrate) l’emporte avec 63% des voix sur le maire sortant Gianni Alemanno. A Trévise, Giovanni Manildo (Parti Démocrate) devance Giancarlo Gentili (Ligue du Nord), en poste depuis 19 ans, avec 55% des voix.

 Les montagnes russes de la démocratie italienne donnent le vertige. En février, Beppe Grillo avait obtenu 24% des voix à la Chambre et 26% au Sénat, frustrant le Parti Démocrate de sa victoire électorale et l’obligeant à constituer une grande coalition. Il a implosé et perdu en quatre mois 90% de ses électeurs.

 Le Parti Démocrate est donc le grand gagnant des élections municipales. Ceci est du en grande partie à son enracinement local hérité du Parti Communiste Italien. A l’opposé, le Mouvement 5 Etoiles professe la démocratie directe par Internet et est peu présent dans les quartiers. Le Parti des Libertés, très présent dans les médias, souffre lui aussi d’une faible force de frappe militante.

 L’autre gagnant est l’abstention, 51.4% au second tour des 9 et 10 juin. Tout se passe comme si l’électorat traditionnel du Parti Démocrate s’était mobilisé, mais que les électeurs des partis protestataires, Ligue du Nord et Mouvement 5 Etoiles, ne s’étaient pas déplacés aux urnes.

 Il y a peut-être des leçons à tirer pour d’autres pays, des Pays-Bas à la Grande-Bretagne et de la Belgique à la France, où la montée des partis populistes et des tentations populistes au sein des partis de gouvernement semble irrésistible. Et si le populisme était un colosse aux pieds d’argile ? Et si les électeurs devenaient conscients de la complexité des problèmes à résoudre et de la nécessité de politiciens expérimentés qui les affrontent un à un avec ténacité et courage ?

 La classe politique est loin d’avoir recouvré sa crédibilité en Italie comme dans d’autres pays européens. Du moins le populisme n’apparait-il peut-être plus comme l’unique alternative.

Photo : Ignazio Marino, nouveau maire de Rome