Les pauvres méritent-ils leur sort ?

Une étude en Grande-Bretagne démontre qu’une fraction croissante de l’opinion publique, y compris des électeurs travaillistes, considère que les pauvres sont responsables de leur sort et que les allocations les découragent de se prendre en main.

 Dans The Guardian du 14 mai, Randeep Ramesh cite un rapport de la Joseph Rowntree Foundation réalisé à partir de données collectées dans le cadre d’une étude sur les attitudes sociales en Grande Bretagne (British Social Attitudes Survey).

 En 1987, au sommet du Thatchérisme, 41% des électeurs travaillistes considéraient que l’injustice sociale était la principale cause de la pauvreté. Ils ne sont plus que 27% à le penser aujourd’hui. A l’inverse, 22% imputent la pauvreté à l’individu, contre 13% il y a 25 ans.

 En 1987, 17% des électeurs travaillistes considéraient que si les allocations n’étaient pas si généreuses, les gens apprendraient à se tenir sur leurs deux jambes. Ils sont maintenant 42% à le penser. Aujourd’hui, 31% d’entre eux pensent que les bénéficiaires d’allocations ne les méritent pas, 10% de plus qu’il y a 25 ans.

 Il est clair que l’idéologie libérale insistant sur l’initiative personnelle et la responsabilité individuelle a gagné du terrain dans l’électorat de gauche en Grande Bretagne. Mais c’est le cas aussi dans d’autres pays. « Transhumances » s’est ainsi fait l’écho du sentiment croissant aux Etats-Unis parmi ceux qui ont un travail et un revenu que les pauvres ne font pas partie de la même humanité qu’eux.

 Julia Unwin, directrice de la John Rowntree Foundation, déplore que l’on soit sévère à l’égard de ceux qui éprouvent la pauvreté et non sévère sur ses causes. Et Will Higham, directeur de l’ONG Save the Children UK, demande qu’on ne se polarise pas sur la question des allocations : soixante pour cent des enfants qui grandissent dans la pauvreté ont au moins un parent qui travaille. « Malgré cela, dit-il, de nombreuses familles luttent encore pour se permettre des choses élémentaires, et de nombreux enfants sont privés d’une nourriture correcte, de vêtements et d’une maison chauffée. Les temps sont très durs maintenant pour les familles les plus pauvres et elles ont besoin  de solutions très concrètes comme un salaire minimum tel qu’elles puissent échapper à la pauvreté et au stigmate qui l’accompagne. »

 Photo The Guardian