L’homme qui s’envola

« L’homme qui s’envola », roman d’Antoine Bello, raconte la traque d’un homme qui prend la fuite car son existence trop réglée lui devient insupportable.

Walker a tout pour être heureux. Issu d’un milieu modeste, il a épousé Sarah, une femme belle et intelligente, héritière d’une entreprise de messagerie d’Albuquerque. Entrepreneur visionnaire et doté d’une exceptionnelle énergie, il dégage des taux de croissance et de profit qui inquiètent les géants du secteur. Il a trois beaux enfants.Pourtant, il n’en peut plus de cette vie de rêve. Il a le sentiment d’être piégé et de perdre progressivement le contrôle de sa vie. Chaque minute de son temps est préemptée par les engagements professionnels, les enfants à accompagner à leurs activités, la résidence secondaire à décorer. « L’argent, Walker s’en foutait. Il en avait plus qu’assez. La vraie richesse, le seul bien qui ne s’achetait pas, c’était le temps. Il savait où passait chaque seconde de ce précieux combustible et cherchait constamment des façons d’en tirer le meilleur rendement. »

Toile d’Odilon Redon exposée à la Tate Gallery, à Londres

Walker sent qu’il en va de sa santé mentale. Il prépare minutieusement sa disparition. Lorsque se présente l’opportunité d’un pot de vin de plusieurs millions qui lui donne l’occasion de financer sa fuite, il la saisit : il précipite l’avion qu’il pilote contre une montagne et saute en parachute au dernier moment.

Bien que les sauveteurs ne retrouvent pas son corps, sa mort est évidente. Ses obsèques sont grandioses. Walker les aurait détestées, dit Sarah. « La preuve, il n’est pas venu. »

La seconde partie du livre est écrite par trois personnages : Walker lui-même, Sarah et Nick Sheperd, qui exerce le métier de « skip tracer », un enquêteur dont le métier consiste à ramener au bercail des fugitifs.

Mandaté par la compagnie qui assurait Walker sur la vie, Sheperd acquiert la conviction que celui-ci est vivant. Lorsqu’une caméra de surveillance dans un supermarché montre sans doute possible l’image de Walker, la traque s’engage. « Il dort rarement deux soirs de suite dans le même État. Il fait prendre ses billets de bus ou ses chambres d’hôtel par des tiers. Il se méfie des caméras de surveillance. Il change régulièrement de téléphone. Il descend toujours avant l’arrêt marqué sur son billet. Il reste à l’écart des côtes. »

Pour Sheperd, qui n’a jusqu’alors enregistré que des succès, la résistance de Walker représente un défi redoutable et passionnant. Il est habitué à une joute asymétrique avec le fuyard : « Je peux multiplier les erreurs, lui a interdiction d’en commettre aucune. Je n’ai besoin de le coffrer qu’une seule fois tandis que lui doit m’échapper tous les jours. » Walker a appris à voir dans le jeu de son adversaire : l’asymétrie change de camp.

Pour Sarah, qui doit gérer son deuil et celui des enfants, le défi est terrifiant. « Le choc est plus terrible cette fois, car je suis seule à l’encaisser. La nouvelle de la mort de Walker a fait le tour de l’État, celle de sa trahison n’est arrivée que jusqu’à moi. »

Le roman d’Antoine Bello est passionnant. Ses personnages ont une vraie profondeur psychologique. Le travail de manager de Walker est rendu avec une grande précision. Il n’y a cela rien d’étonnant. Antoine Bello, 47 ans, vit une double passion : celle d’entrepreneur et d’investisseur d’une part, d’écrivain d’autre part. Il vit depuis quinze ans aux États-Unis, et détient la double nationalité, française et américaine.

Antoine Bello