L’ivresse du pouvoir

Arte TV a récemment diffusé « l’ivresse du pouvoir », film de Claude Chabrol (2006), avec Isabelle Huppert dans le rôle principal.

 Le film est directement inspiré de l’affaire Elf, qui avait vu s’opposer Loïck Le Floch Prigent, l’intouchable patron d’une compagnie pétrolière protégé par des hommes politiques de tout bord et des chefs d’États africains et la juge Éva Joly résolue à nettoyer les écuries d’Augias de la République française.

 La juge Jeanne Charmant Killman (le patronyme est en lui-même tout un programme), dont le personnage est joué par Isabelle Huppert, vient d’ordonner la détention provisoire d’Humeau (François Berléand), le président d’une société multinationale.

 Humeau est un homme puissant, bien connecté avec des hommes politiques joués par des comédiens qui, « fortuitement », font furieusement penser à Charles Pasqua ou Roland Dumas. Il a le bras long. Il obtient du président du tribunal (Pierre Vernier) que Jeanne soit « promue » et assistée d’une autre juge, Erika (Marlilyne Canto), dont on espère qu’elle se positionnera comme une rivale.

Jeanne elle-même est ivre du pouvoir que lui confère sa position de juge. Elle prend plaisir au jeu du chat et de la souris, dans lequel la souris minimise les millions détournés et le chat exhibe des photos des cadeaux de luxe offerts par sa proie à sa maîtresse. Elle jouit de l’avilissement d’Humeau, ramené à la condition de prisonnier de droit commun, enfermé dans une cellule de 9m² (individuelle tout de même).

 Un moment fort du film est l’interrogatoire par la juge d’un intermédiaire véreux, Holéo (Philippe Duclos). Ce dernier est totalement visqueux : il met en cause des personnes sans les mettre en cause, explique qu’elles étaient au courant vaguement, tout en ne l’étant pas. Son hypocrisie et sa naïveté, à la fois fausse et authentique, sont bien jouées. La juge prend visiblement plaisir à ce jeu surréaliste.

 Le film gagne peu à peu en profondeur, à mesure que les protagonistes perdent pied. Le couple de Jeanne ne résiste pas à la pression médiatique et à la présence envahissante de gardes du corps. À 4h du matin, après une scène de ménage, elle se retrouve dans la voiture des gardes du corps. Où allons-nous ? Au bureau, naturellement.

 Quant au président déchu, il découvre peu à peu que la personne la plus inhumaine n’est pas la juge, mais le monde de crocodiles qui l’entoure.

 « L’ivresse du pouvoir » est un film intéressant, porté par le charisme d’Isabelle Huppert. Il est gâché cependant par des erreurs de casting, tels que le choix de Patrick Bruel pour le rôle d’un homme d’affaires lié par une ancienne amitié avec la juge et tentant (en vain) de l’influencer, ou celui d’un fils du réalisateur dans le rôle improbable de neveu du mari de la juge.