Lynda Lemay au Pin Galant

La chanteuse québécoise Lynda Lemay est en tournée en France. Elle a donné le 25 mars un concert au Pin Galant, une salle de spectacle de Mérignac, dans la banlieue de Bordeaux.

 La salle du Pin Galant, d’une capacité de 1.400 spectateurs, était pleine. Les cheveux gris étaient en nette majorité, mais les générations plus jeunes étaient aussi représentées.

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La chanteuse annonce d’emblée un « spectacle obèse », d’une durée de 2h15 sans entracte. Elle est sur scène avec un pianiste et deux poly-instrumentistes, les trois jouant aussi le rôle de choristes. D’emblée, nous entrons dans le monde de Lynda, tour à tour drôle et émouvant, toujours poétique, servi par une voix puissante et une musique riche d’harmoniques.

 Le point commun des chansons de Lynda Lemay, c’est l’observation de la vie quotidienne. Une mère se morfond dans la culpabilité parce qu’elle a battu sa petite fille. Une amante sous le charme de son fiancé découvre dans son placard des souliers verts et le prend en flagrant délit de mensonge. Une centenaire se demande pourquoi le Bon Dieu lui inflige le supplice de vivre si vieille. Un garçon devenu adulte demande pardon à sa mère de l’avoir tant mise à mal… Et puis une mère : « ça travaille à temps plein, ça dort d’un œil ouvert / C’est d’garde comme un chien / ça court au moindre bruit, ça s’lève au petit jour / ça fait des petites nuits… »

 Le « ça » se trouve fréquemment dans les chansons de Lynda Lemay, les tristes comme les plus drôles. « J’veux pas de visite », dit-elle. Le problème avec la visite, c’est que ça s’attache, « ça coûte une fortune de pistache / et quand ça finit par partir / ça vous promet qu’ça va revenir / … et ça revient ».

 Le « ça » de Lynda Lemay met à distance, à bonne distance pour observer et disséquer le quotidien. Mais ce « ça » ne tue pas le cœur et les entrailles. Au contraire, il participe à l’émotion du spectateur. Au Pin Galant, les Bordelais étaient conquis et enthousiastes.