Mesurer les migrations

Dans son « Deloitte Monday Briefing » du 14 septembre, l’économiste en chef du cabinet d’audit Deloitte à Londres analyse le phénomène migratoire sous un angle quantitatif et historique.

Ian Stewart rappelle qu’entre 1850 et la seconde guerre mondiale, 50 millions d’Européens ont émigré d’Europe aux États-Unis. La mécanisation de l’agriculture avait chassé de leurs terres des masses de paysan ; les progrès du transport maritime avaient rendu les voyages moins chers et plus sûrs. D’autres mouvements de population eurent lieu au dix-neuvième et vingtième siècles, de l’Inde vers l’Afrique, les Caraïbes et l’Asie du sud-est, ainsi que de la Chine du sud vers l’Asie du sud-est. On estime que la diaspora indienne hors d’Inde est de 30 millions de personnes, la chinoise hors de Chine de 50 millions de personnes.

La mondialisation et le développement des transports aériens ont entraîné une croissance de 50% des flux migratoires depuis 1990. Contrairement à ce qu’on pense généralement, ils ne sont pas seulement dirigés vers les pays développés : 42% des migrants se sont installés dans des pays en voie de développement. Entre 2005 et 2010, le flux le plus important a concerné des migrants d’Asie du sud-est vers le Moyen-Orient.

Source : The Guardian

Source : The Guardian

La liste des pays qui reçoivent le plus de migrants en comparaison de leur population peut étonner : après les Etats-Unis viennent Russie, Allemagne, Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis et Royaume Uni.

L’émigration vers les pays de l’OCDE (les pays développés) ne vient pas en majorité de pays pauvres, mais de pays en rapide développement tels que le Mexique, la Chine ou l’Inde, avec une forte proportion de diplômés.

L’histoire des migrations en Grande-Bretagne est intéressante. Entre 1964 et 1984, le pays fut un territoire d’émigration. Le solde migratoire fut ensuite équilibré pendant une dizaine d’années. Depuis le milieu des années 1990, bien que beaucoup de Britanniques continuent à s’expatrier, le flux s’est inversé : le pays a accueilli environ 250.000 migrants chaque année. Quel est le pays qui a fourni le plus gros contingent de 1990 à 2010 ? La France ! Notre pays est suivi de près par la Pologne, l’Allemagne et l’Irlande. Nos migrants franchissent la Manche pour une grande variété de raisons, études, travail au pair, jobs peu qualifiés, postes très spécialisés dans l’industrie ou la finance, sans même parler de l’exil fiscal.

« Parler de migrants, conclut Ian Stewart, suggère qu’il s’agit d’un groupe homogène, alors qu’ils sont, en réalité, aussi divers que les populations dont ils sont originaires, depuis le banquier d’affaires américain qui gagne des millions au Syrien sans le sou, depuis un chercheur scientifique indien à un ouvrier de construction du Bangladesh. Pour une société riche comme l’Allemagne, la décision sur quel type d’immigrant on peut accepter, en combien, est une question complexe et souvent préoccupante. »

Source : The Guardian

Source : The Guardian

Il est possible de s’abonner gratuitement au Monday Briefing de Ian Stewart sur le site suivant : http://blogs.deloitte.co.uk/mondaybriefing/. Chaque semaine, la newsletter analyse en profondeur un aspect de l’actualité économique et résume les nouvelles économiques de la semaine. En prime, l’humour britannique y est omniprésent !