Modernité de l’art aborigène

À Bordeaux, le Musée d’Aquitaine présente jusqu’au 30 mars 2014 une magnifique exposition consacrée à l’art aborigène australien et sa fertile rencontre avec l’art moderne : « Mémoires vives. Une histoire de l’art aborigène ».

 Voici comment le Musée présente cette exposition : « la colonisation européenne de l’Australie à la fin du 18e siècle a provoqué une dislocation partielle des 250 cultures aborigènes qui vivaient sur le continent. L’art rituel, au coeur de la vie religieuse et sociale aborigène, a cependant réussi à survivre dans de nombreuses régions et à constitue la base de nouvelles formes d’art qui ont émergé comme réponses créatives à l’invasion européenne.

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En partant du principe que l’art aborigène a été longtemps conçu comme un prototype d’art « primitif », l’exposition montre qu’il est à la fois ancien et moderne. Fresques éphémères sur sable, peintures sur le corps ou sur la roche, gravures sur bois ont ainsi été transposées sur de nouveaux supports mobiles et permanents: écorces, toiles, photographies, vidéos, installations…

De nombreux artistes aborigènes aux influences interculturelles variées réinterprètent aujourd’hui la culture matérielle de leurs ancêtres et lui confèrent un sens nouveau, posant la question de la place des artistes non occidentaux dans la société australienne et dans le monde. C’est ce mouvement de renaissance d’une culture ancienne que l’exposition présente, en reliant des oeuvres contemporaines à leurs sources traditionnelles. »

Une salle de l'exposition "mémoires vives"

Une salle de l’exposition « mémoires vives »

 C’est un véritable choc que reçoit le visiteur. Longtemps nié par les puissances colonisatrices, l’art traditionnel aborigène est nourri de territoires, de parcours initiatiques, de réseaux connectant des cercles, de serpents arc en ciel symboles de fertilité et de renouvellement, d’ondes et de radiations qui se diffusent dans l’espace.

 On sent bien tout ce que cette culture visuelle dont les premiers témoignages remontent à 30.000 ans a d’affinités avec l’art moderne. Le mérite de l’exposition est de présenter certes des objets anciens, mais de faire la plus grande place à des artistes d’aujourd’hui, nourris par leur culture ancestrale, mais aussi ouverts aux courants qui traversent la planète mondialisée.

 On demeure étourdi par la qualité des œuvres présentées, par leur force intérieure et aussi par leur modernité. Une exposition à voir absolument !

Lorna Fencer Napurrala, Yam Jukurrpa, 1994

Lorna Fencer Napurrala, Yam Jukurrpa, 1994