Moi, Daniel Blake

« Moi Daniel Blake », le dernier film de Ken Loach, a obtenu la palme d’or à Cannes. Et c’est mérité.

Daniel Blake (Dave Johns) était charpentier à Newcastle, une ville du nord de l’Angleterre frappée par la désindustrialisation. Le décès de sa femme l’a plongé dans la solitude ; une crise cardiaque sur le chantier a failli avoir raison de sa vie et l’a privé de travail.

Les médecins de Daniel sont formels : il ne peut retravailler dans son état de santé présent. Mais la sécurité sociale ne l’entend pas de cette oreille. On lui fait subir des tests qui montrent qu’il serait parfaitement capable de reprendre un emploi.

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Il peut, donc il doit. Il doit patienter des heures au téléphone pour qu’un conseiller prenne son appel. Il doit remplir ses imprimés par internet, alors qu’il n’a jamais touché un ordinateur de sa vie. Il doit subir l’arrogance de certains employés, que l’on a convaincu que les chômeurs sont des tire-au-flanc qu’il faut dresser à la baguette et ne pas hésiter à punir s’ils ne suivent pas à la règle le règlement.

Cette administration kafkaïenne a clairement pour objectif de réduire la dépense sociale et de décourager ceux qui appellent à l’aide. Daniel s’offusque de voir une femme et ses deux jeunes enfants se faire refouler du job centre parce qu’ils n’ont pu arriver à l’heure au rendez-vous. Il se lie d’amitié avec Katie (Hayley Squires) et devient en quelque sorte le père de substitution de Daisy et Dylan.

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Lorsque Katie s’effondre en larmes, d’épuisement, de faim et d’humiliation, à la Banque Alimentaire, c’est lui qui la console. Mais lorsqu’à bout de ressources elle accepte un travail d’escort, il ne peut accepter qu’elle n’entre pas dans le projet de vie qu’il a pour elle et pour les gosses.

Acculé par une fonctionnaire qui lui dit, pour la énième fois, que son dossier sera examiné à une date imprécise par un « decision maker » (décisionnaire), Daniel décide de sortir du cadre. Sur le mur de pôle emploi, il tague « I am Daniel Blake ». Je suis Daniel Blake, pas un numéro, pas un chien. Un être humain, tout simplement.