Mon maître d’école

« Mon maître d’école », film documentaire d’Émilie Thérond, rend hommage à l’école publique laïque et obligatoire.

Émilie Thérond fut élève de Jean-Michel Burel à l’école communale du village de Saint Just et Vacquières dans le Gard. Devenue cinéaste et elle-même mère d’élèves, elle a filmé son ancien maître d’école tout au long de sa dernière année d’enseignement alors qu’il s’apprêtait à prendre sa retraite.

Jean-Michel Burel, c’est une sorte de père de Marcel Pagnol réincarné. Chargé d’une classe unique CE2-CM1-CM2, il écrit à la craie, en calligraphiant les lettres, sur un tableau noir modernisé en vert. Il croit en l’instruction. Il insiste pour que les élèves se respectent quels que soient leur aspect physique ou leur origine. Le 11 novembre, devant le monument aux morts du village, chaque enfant lit le nom d’un soldat disparu pendant la grande guerre et tous clament « mort pour la France ».

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Ce qui fascine chez l’instituteur, c’est son amour pour les enfants, sa foi dans la possibilité qu’ont les mauvais élèves de repartir d’un bon pied, la sagesse avec laquelle il modère les conflits parfois sévères entre les enfants.

Le spectateur est partagé entre le sentiment d’assister la sympathique survivance d’un passé rural au parfum de troisième république, ou à la manifestation, dans un contexte particulier, d’une manière d’enseigner centrée sur le développement des enfants abstraction faite de la religion et des idéologies. Je privilégie la seconde interprétation. J’ai souvent pensé, pendant la projection, à la professeure d’histoire incarnée par Ariane Ascaride dans le film « les héritiers ». Confrontée à une classe multiethnique dans un quartier difficile de la banlieue parisienne, elle réussit à motiver ses élèves autour d’un projet sur la Shoah.

L’institutrice nommée pour remplacer Jean-Michel Burel n’aura pas la tâche facile. Celui-ci est maire du village, son bureau jouxte la salle de classe, il a promis à ses élèves de les aider à surmonter leurs difficultés. Et puis, il y a le cas de Lionel, un handicapé mental âgé aujourd’hui de 26 ans, qui assistait depuis vingt ans aux classes de l’instituteur, assis à côté des gamins. Que va-t-il devenir ?

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